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« L'euro protège, mais il ne

La Tribune

Publié le 10 janvier 2009 à 00:27 - Mis à jour le 10 janvier 2009 à 00:27

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'euro a dix ans? C'est le moment de faire un bilan.En dépit des réserves que j'ai émises depuis le rapport Delors de 1989, je pense que le bilan de l'euro est globalement positif?: de 1999 à 2008, la croissance a été de 2,1 % en moyenne annuelle, le taux d'investissement de 2,2 % et la zone euro a créé 16 millions d'emplois. L'euro a contribué à l'intégration européenne?: un tiers du commerce extérieur se fait à l'intérieur de la zone contre un quart il y a dix ans, un tiers du total de l'investissement se fait à l'intérieur de la zone contre un cinquième il y a dix ans. Ce fut donc une période assez favorable et, selon l'idée allemande trop décriée en France, la stabilité est quand même une contribution positive à l'activité économique. L'inflation a diminué sensiblement jusqu'à 2007. Bien entendu, à l'intérieur de la zone, il y a eu des écarts assez notables, ce qui rend la tâche de la Banque centrale européenne d'autant plus difficile? Beaucoup des critiques proférées sont donc injustes. Imaginez qu'il n'y ait pas eu l'euro, que nous soyons restés avec la monnaie qui était la pierre d'angle, le deutsche mark, imaginez ce qui se serait passé pour plusieurs devises nationales. Je n'aurai pas la cruauté de les citer.L'euro a été vécu comme une protection par ceux qui en faisaient partie. Les autres se sont demandé s'ils avaient bien fait d'en être exclus?C'est vrai, l'enseignement de cette période pourrait être que l'euro protège, mais qu'il ne dynamise pas. L'euro constitue une protection, même contre les bêtises que l'on peut faire. Le fait que Gordon Brown se soit joint au groupe de l'euro est un signe, non pas que la Grande-Bretagne va changer d'avis sur l'Europe, mais qu'au moins il y a là un ancrage utile.Ne peut-on craindre que, si la crise venait à ne plus leur apporter les bénéfices qu'ils espèrent de leur appartenance à l'euro, certains pays puissent subir des pressions protectionnistes et envisager de sortir?Songez à ce que représenterait, pour un chef de gouvernement, même un peu éloigné des réalités, le fait de quitter l'euro et de reprendre sa monnaie nationale, de la soutenir sur le marché des changes?! Laissons cela de côté?! Mais là où vous pointez juste, c'est que, pendant cette période, les disciplines du marché intérieur et de l'UEM vont être relâchées et, sans doute, certains gouvernements ont-ils en arrière-pensée qu'on n'y reviendra pas? Rappelez-vous l'après-1929?: protectionnisme, nationalisme économique? Plus grave, même si là je brandis l'horreur économique, il y a un risque portant sur la substance même de la construction européenne, le marché intérieur, ses disciplines et ses stimulants.Après la crise, il faudra revenir à ces règles?C'est là où ceux que Nicolas Sarkozy appelle les « gardiens » du traité devraient être vigilants, après avoir été souvent excessifs.Comment appréciez-vous le comportement de la BCE??De 2001 à 2005, la politique monétaire de la Banque centrale a été accommodante. Ce n'est qu'à partir de 2006 qu'elle a procédé à un relèvement des taux, conséquence de la hausse des prix des matières premières et du pétrole, avec cette hantise de l'inflation du second tour. Sur la crise elle-même, depuis qu'elle est manifeste, la Banque centrale a rempli son rôle en ce qui concerne l'un des deux défis immédiats?: la crise de liquidité. Les critiques demandent trop à la Banque centrale. Depuis que l'on a admis, et même encouragé, que le financement de l'économie se fasse aussi par le marché, la capacité de contrôle des banques centrales a diminué. Forcément?! On lui demande trop parce qu'il n'y a pas la contrepartie, qui est le pilier économique de l'Union économique et monétaire. C'est une facilité pour les gouvernements ? on en a abusé en France ? de critiquer la Banque centrale, de penser qu'une baisse des taux d'intérêt suffirait pour changer les choses. Une bonne politique économique, c'est un équilibre. Il ne faut pas oublier que 60 % du rapport Delors de 1989 étaient consacrés à la dimension économique et 40 % à la dimension monétaire.Les Conseils européens récents ont approuvé les plans de relance. N'est-ce pas l'embryon d'une politique économique commune??On n'en est pas là. Pendant la préparation du traité de Maastricht, j'avais proposé d'ajouter aux cinq critères financiers d'accès à l'UEM deux autres, le chômage des jeunes et le chômage de longue durée. Mais j'ai été battu. Plus grave encore, en 1997, j'ai tenté qu'à côté du Pacte de stabilité monétaire, figure un pacte de coordination des politiques économiques. Les dirigeants français n'ont pas défendu cette idée et sont revenus contents parce qu'on avait ajouté Pacte de stabilité « et de croissance ». Les mêmes, deux ou trois ans plus tard ont réclamé un gouvernement économique, ce que je n'avais jamais proposé parce que je sais que c'est une formule qui n'est acceptable ni par les Allemands, ni par le Benelux. Voilà comment nous sommes passés à côté d'une occasion unique, au moment où l'on fondait l'Union économique et monétaire. Nous, Européens, n'avons pas assez l'expérience et la pratique de la coopération. Nous le payons aujourd'hui. Quand on avait adopté l'Acte unique, je l'avais synthétisé par une formule?: « La compétition qui stimule, la coopération qui renforce, la solidarité qui unit ». Cela demeure les bases fondamentales pour une avancée de l'Union européenne.Cette résurgence de l'Europe face à la crise, c'est surtout celle du Conseil?Oui, parce que nous sommes devant une crise grave où ce qui a permis de réagir, c'est, à l'initiative de la présidence française, l'Europe des États. Mais je maintiens qu'à moyen et long terme, seule la méthode communautaire permet à l'Europe de vivre et de progresser. Une bonne connaissance de ce qui s'est passé depuis le traité de la Ceca et le traité de Rome montre que si le triangle institutionnel (Conseil, Parlement, Commission) fonctionne, on a un processus plus fluide de vigilance sur les intérêts nationaux et européens, de préparation correcte et de suivi des décisions que n'assure pas l'Europe des États. Vous en aurez malheureusement vite l'illustration dans plusieurs domaines. C'est la crainte que j'ai parce que telle est la leçon de cinquante ans d'expérience.La dernière idée forte de l'Europe a été l'Acte unique. D'autres étapes pourraient-elles venir quand les vents seront plus calmes??C'est juste, mais j'ajouterai un autre succès de l'Europe?: les élargissements successifs. Imaginez que nous ayons fermé nos portes aux démocraties qui renaissaient en Espagne, au Portugal et en Grèce et, plus tard, aux pays qui sortaient de la nuit du communisme. On a fait l'élargissement, on aurait dû donner plus de place à l'approfondissement. Mais pour ce faire, il fallait accepter une idée qui n'a jamais rencontré beaucoup de défenseurs?: celle de la différenciation. Je pourrais reprendre la phrase de M. Genscher?: « Les pays qui veulent aller plus loin ne peuvent pas obliger les autres à le faire, mais ces derniers ne peuvent pas empêcher les premiers d'aller plus avant. » Depuis Schengen et l'Union économique et monétaire ? fruit de la différenciation ?, il y a une grande résistance vis-à-vis de ce processus, notamment des nouveaux pays membres. Or, on ne pourra redonner du dynamisme à l'Europe que si on permet à un groupe d'aller un peu plus loin sans pour autant violer les règles de notre vie à 27. Il fallait proposer une communauté de l'énergie qui nous aurait permis d'avoir plus de coopération et d'intégration à l'intérieur et une attitude commune vis-à-vis de l'extérieur. En tant qu'Européen, je souffre de voir chacun jouer les quémandeurs auprès de Poutine et Medvedev.Malgré la polémique sur les prix, pensez-vous que les citoyens français se sont approprié l'euro??Oui, dans l'e nsemble. Le passage à l'euro a entraîné un surcroît d'inflation pendant un an, un an et demi, variable selon les pays?: 0,2 % à 0,3 % en France, plus en Grèce, en Espagne ou en Italie. C'est tout. Il y a eu des critiques de la part d'esprits brillants sur l'indice des prix, avec ce concept des « dépenses contraintes ». Démagogie totale?! Faut-il vraiment, pour dire que la guerre est horrible, que la guerre ait lieu?? Faut-il vraiment, pour dire que l'euro est bon, supposer une période où l'euro disparaîtrait?? Je ne souhaite jamais le malheur des hommes. L'homme politique ne doit jamais faire cela. Les Français se sont accommodés de l'euro et si, demain, il prenait la fantaisie à un gouvernement français de quitter l'euro, je lui souhaite bonne chance?! nJacques delors, président du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale

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