« Le Nouvel Eco » attend toujours un « chevalier blanc »

2 mn

Il fut un temps où les fleurons désargentés de la presse française pouvaient compter sur ces « Milliardaires militants » qui font aujourd'hui la « Une » du Nouvel Eco. Mais en 1996, les « chevaliers blancs » se sont faits rares et les journalistes du seul hebdomadaire économique français en savent quelque chose : « Après InfoMatin, le Nouvel Economiste sera-t-il le prochain journal à mourir dans une indifférence quasi générale ? », demandent-ils dans une déclaration solennelle diffusée hier. Placé en redressement judiciaire le mois dernier, après l'échec de sa relance par Henri Nijdam (La Tribune du 11 juin), le magazine vit depuis un inquiétant compte à rebours : si aucun plan de continuation ou de reprise n'est déposé ce lundi 8 juillet à midi sur le bureau de Me Didier Segard, l'administrateur judiciaire pourrait prononcer la liquidation du titre sous la pression des créanciers (la seule banque UIC attend un remboursement de 16 millions de francs). En tout état de cause, la trésorerie de l'hebdomadaire lui permet de paraître jusqu'à la fin du mois, mais pas au-delà. Continuation ? Longtemps caressé par Henri Nijdam, le rêve d'un partenariat stratégique avec le Monde financé par l'actionnaire Hachette (qui détient encore 10 % du titre) risque de rester lettre morte. Jean-Luc Lagardère aurait rendu un arbitrage définitif : « Non, trois fois non », au dire de son entourage. Reprise ? De Claude Perdriel (le Nouvel Obs) à Desfossés International (La Tribune), de CEP (ancien actionnaire du Nouvel Eco) à Prisma Presse (déjà repreneur de VSD), plusieurs groupes étaient pressentis. Mais la plupart d'entre eux se sont désistés... ou n'ont jamais manifesté le moindre intérêt pour le titre. « A ce jour, Me Segard n'a reçu aucune proposition ferme », confirmait hier une source proche du dossier. « Il n'est pas rare que les candidats se manifestent en dernière minute », temporise un observateur. Mais de portraits au vitriol en enquêtes sans concession, la rédaction du Nouvel Economiste ne s'est pas fait que des amis. « Après ce qu'ils ont écrit sur moi, je me vois mal leur venir en aide... » : cette phrase revient souvent chez les mécènes potentiels. Au-delà de la ligne éditoriale se pose aussi la question de la viabilité d'un Business Week à la française. Acheté par plus de 90.000 lecteurs mais boudé par des annonceurs mécontents, le Nouvel Economiste a perdu 120 millions de francs en trois ans. De quoi décourager les repreneurs n'appartenant pas à la catégorie poids lourds. Faute de reprendre le Nouvel Eco, certains éditeurs comme Robert Monteux (le Revenu Français) s'intéresseraient à son portefeuille de 55.000 abonnés. D'autres pourraient attendre la liquidation afin de s'offrir le titre pour le franc symbolique et sans obligation sociale. Perspective peu réjouissante pour les quatre-vingt-dix salariés de l'hebdomadaire et un certain journalisme d'investigation. Jean-Christophe Feraud

2 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.