La brigade financière transmet son enquête sur Vivendi Universal

L'année 2008 pourrait peut-être voir le procès pénal de l'affaire Vivendi Universal. Cinq ans après la quasi-faillite du groupe de médias et de télécommunications et l'éviction de son PDG, Jean-Marie Messier, la brigade financière vient d'achever son enquête et de transmettre ses conclusions aux juges Henri Pons et Jean-Marie d'Huy chargés d'instruire le dossier. Ceux-ci doivent décider maintenant s'ils transmettent le dossier pour jugement ou s'ils le ferment sur un non-lieu.L'information judiciaire sur Vivendi Universal a été ouverte, le 25 juillet 2002, à la suite de plaintes pour diffusion d'informations fausses et trompeuses, abus de biens sociaux, manipulations de cours et délits d'initiés. La Commission des opérations de Bourse, devenue l'Autorité des marchés financiers (AMF), a déjà jugé l'affaire. En novembre 2004, la commission des sanctions avait souligné des manquements importants dans la communication financière du groupe en 2000 et 2001 et avait condamné Jean-Marie Messier et Vivendi Universal à une sanction de 1 million d'euros chacun. La cour d'appel en juin 2005 avait ramené cette sanction pécuniaire à 500.000 euros pour Jean-Marie Messier et 300.000 euros pour Vivendi Universal." CONSIDERATIONS COSMETIQUES "Dans son rapport, la brigade financière revient longuement sur les griefs et les analyses déjà étudiés par l'AMF. Elle a voulu en particulier comprendre les méthodes de consolidation retenues par Vivendi Universal pour ses filiales. À chaque fois, remarque le rapport d'enquête, le groupe avait choisi la méthode qui lui convenait le mieux mais ne correspondait pas forcément à la réalité. Ainsi Cegetel était traité comme une filiale à 100 %, même si le groupe n'en possédait que 44 % et ne contrôlait pas ses cash-flows. Une situation susceptible de troubler l'information du public, selon la brigade financière. Standard and Poor's ne comprendra que le 6 mai 2002 que Vivendi n'a pas accès à la trésorerie de Cegetel, de l'aveu même d'un de ses analystes aux enquêteurs.Pour la brigade financière, Vivendi Universal a utilisé " des pratiques comptables "agressives"ayant nécessité la mise en oeuvre d'une ingénierie juridique et financière sophistiquée dont il ne fait aucun doute qu'elles ont été motivées partiellement au moins par des considérations cosmétiques s'inscrivant dans le cadre d'une communication financière résolument optimiste ".La liste est longue de ces communiqués résolument " optimistes ". Ainsi, celui de décembre 2000 paru juste après la fusion avec Seagram. Vivendi y affirmait n'avoir aucune dette pour ses activités de communication et assurait disposer d'un cash-flow de plus de 2 milliards d'euros. " En réalité, au 31 décembre 2000, la dette nette du groupe s'élevait à 25,5 milliards d'euros et celle du seul secteur de la communication à 12,3 milliards ", note la brigade financière. De même, le groupe soutenait en septembre 2001 avoir un free cash-flow positif pour sa branche médias alors qu'il était négatif de 23 millions. Jean-Marie Messier a argué devant les enquêteurs d'une erreur de traduction " On peut observer que cette erreur portait sur un des indicateurs clés de la santé financière du groupe et qu'il peut paraître étonnant qu'elle n'est pas été détectée ", note la brigade financière.CASH-FLOW FANTAISISTEMême étonnement sur les affirmations du groupe annonçant en avril 2002 disposer d'un cash-flow positif de 1,4 milliard, alors qu'il était négatif de 134 millions au 1er janvier 2002 " et n'avait aucune chance de s'améliorer au cours du premier semestre, eu égard aux tensions de trésorerie ".La brigade financière est encore plus stupéfaite par la lecture du communiqué du 25 juin 2002 dans lequel le groupe dit disposer de 3,3 milliards de lignes de crédit. " Alors qu'il résultait des travaux de Goldman Sachs, mandaté par le conseil du 29 mai 2002, qu'une crise de liquidité était susceptible d'intervenir dès le mois de juillet 2002. " Elle survint dès le 3 juille t.Sept mises en examenSept personnes ont été mises en examen dans le cadre de l'information judiciaire ouverte sur Vivendi Universal en juillet 2002. Jean-Marie Messier, ancien PDG, est poursuivi pour diffusion d'informations fausses et trompeuses, abus de biens sociaux et manipulations de cours. Guillaume Hannezo, ancien directeur général et financier, pour informations trompeuses, manipulations de cours et délit d'initiés. Dominique Gibert, directeur financier de Vivendi, Hubert Dupont Lhotelain et François Blondet, responsables de la trésorerie du groupe, et Philippe Guez, responsable du secteur actions à la Deutsche Bank, eux, ont été mis en examen pour manipulation de cours. Enfin, Eric Licoys, ancien directeur général, est poursuivi pour abus de bien social, pour avoir signé, le 3 juillet 2002, l'accord qui octroyait un golden parachute de 20 millions de dollars à Jean-Marie Messier,

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