Des objectifs contradictoires pour la fonction publique

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Ministre de l'Education, Claude Allègre a annoncé dimanche soir le réemploi immédiat des maîtres auxiliaires au chômage, et la mise en oeuvre d'un plan de titularisation sur plusieurs années. Il satisfaitpar là une revendication syndicale pressante. Les syndicats regrettent toutefois que le ministre ne remette pas en cause, faute de temps, la suppression de 5.000 postes programmées pour la rentrée dans l'Education nationale, par le budget d'Alain Juppé. Quelque 3.000 maîtres auxiliaires (M.A., enseignants n'ayant pas passé de concours, donc sans statut), actuellement au chômage, auront donc un emploi à la rentrée. Ce sont pour la plupart, les M.A. les plus jeunes, ayant moins de trois ans d'expérience, qui se trouvent actuellement dans cette situation difficile. Ces 3.000 personnes devraient être rémunérées sur les crédits d'heures supplémentaires, ce qui n'implique donc pas la création de postes au sens budgétaire. Au passage, les syndicats craignent que certains de ces M.A. ne soient versés dans les quotas d'emplois jeunes, payés au Smic. En tout état de cause, ce « réemploi » d'auxiliaires ne contredirait pas la volonté affichée par le gouvernement de gérer avec rigueur le budget de l'Etat. Les risques de titulariser. En revanche, l'objectif annoncé de titulariser, en plusieurs années, l'ensemble des 33.000 maîtres auxiliaires posera problème. Car cette titularisation impliquerait la création d'emplois de fonctionnaires. Aujourd'hui, ces M.A. sont rémunérés sur des crédits d'heures supplémentaires, ou occupent des postes non pourvus par des titulaires. Si, durant les premières années de cette massive titularisation, il s'agirait seulement de mieux pourvoir ces emplois vacants, le plan ne pourra être poursuivi qu'au prix de créations de postes. « Cet affichage d'une augmentation du nombre de fonctionnaires pourrait poser problème », reconnaît Jean-Marie Maillard, du syndicat national des enseignants du second degré (Snes). Il s'agit en effet d'une question d'affichage : Lionel Jospin, qui avait fait annoncer le 17 juin l'arrêt des coupes dans la fonction publique, n'entend pas pour autant augmenter le nombre de fonctionnaires. Les lettres de cadrage servant de base à la préparation du Budget de 1998 le précisent expressément (La Tribune du 27 juin). Compromis. Cette politique de stabilisation du nombre de fonctionnaires est à mi chemin entre la réduction des effectifs entamée par Alain Juppé cette année, et leur hausse continue au cours des années précédentes. Elle implique des efforts de productivité importants de la part des administrations. Reçus hier par le ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn, les représentants de la fédération Force ouvrière des Finances ont porté une appréciation « négative » sur ces orientations, dans lesquelles ils voient « une attaque contre la fonction publique de carrière ». La CGT estime de son côté que le gouvernement « reste enfermé dans les mêmes carcans ». I. B.

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