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À Rome, la « génération Tanguy » oscille entre amertume et désespoir

La Tribune

Publié le 03 octobre 2013 à 21:02 - Mis à jour le 03 octobre 2013 à 21:02

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18 juillet 2026

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On les appelle les « bamboccioni », et ils se passeraient bien de ce surnom qui signifie « poupons joufflus », comme trop nourris par leurs parents. Ou trop longtemps. Le terme désigne la génération de jeunes adultes italiens incapables de subvenir à leurs besoins et obligés de rester - voire de revenir - habiter chez leurs parents.Les chiffres avancés par l\'Agence italienne du journalisme, fin 2012, donnent le vertige : 60 % des 18-29 ans vivent encore chez papa-maman !Contrairement au Tanguy du film d\'Étienne Chatiliez, la plupart des bamboccioni n\'ont pas choisi ce mode de vie.« Quand on a connu l\'indépendance, c\'est très dur d\'avoir à revenir chez ses parents », enrage Alessandra, 28 ans, diplômée en sciences politiques et qui a notamment travaillé à Bruxelles, au Parlement européen, avant de regagner Rome et les pénates parentaux. « Mais comment faire autrement ? Il n\'y a pas de travail autre que précaire ici. Nous sommes la génération perdue. »Génération perdue, l\'expression est lâchée. La réalité qu\'elle recouvre est effrayante : entre 20 et 40 ans, un actif sur trois est chômeur. Même pour ceux qui ont la chance d\'avoir un diplôme et un emploi, la situation est si précaire qu\'ils ne peuvent pas s\'installer seuls.C\'est le cas de Cristina, 36 ans. Diplômée en restauration de livres anciens, elle a dû accepter un job chez Ikea à temps partiel, sans rapport avec ses études, pour lequel elle est « surqualifiée ». Elle aussi a été contrainte de retrouver sa chambre de petite fille, dans la banlieue romaine.« Il y a dix ans, quand j\'ai commencé à travailler, j\'ai pu louer un studio. Aujourd\'hui, c\'est impossible ! ; le moindre petit appartement dans Rome coûte 600 euros par mois », regrette-t-elle.Même un temps partiel est devenu un luxeSi absurde que cela puisse sembler, la trentenaire aux 1 000 euros de revenus mensuels est pourtant vue comme une privilégiée par ses collègues et ses amis.« Même à temps partiel, je suis en CDI, et pour eux c\'est un luxe », explique-t-elle. Un luxe sur lequel les entreprises ne manquent pas de jouer : « Il y a quelques mois, Ikea a réuni ses vendeurs en CDI pour une journée de motivation. Là, ils nous ont expliqué combien nous avions de la chance d\'avoir un treizième mois, des congés payés, des droits sociaux... Mais pour moi, ça devrait être la base et non pas un privilège ! »« C\'est révélateur du climat social, corrobore Alessandra. Au mieux, les contrats qui nous sont proposés sont d\'une durée d\'un an. Au départ, le législateur les avait prévus pour pallier les besoins ponctuels d\'un employeur, par exemple pour une mission exceptionnelle confiée par un client. Sauf que c\'est devenu la règle aujourd\'hui. Moi, c\'est le contrat que j\'ai, alors que je ne travaille pas sur un dossier ponctuel, et je n\'ai donc pas droit aux vacances, ni au treizième mois, ni à la couverture sociale... »Toute revendication semble aboutir à la même réponse : « \"Tu la fermes ou tu dégages, ils sont des milliers à vouloir ta place !\", voilà ce qu\'on nous dit quand on ose se plaindre », relève, amère, Alessandra. Les pouvoirs publics semblent incapables de faire face à cette situation.Le 2 juin dernier, le président du Conseil, Enrico Letta, a même publié une lettre dans La Stampa pour présenter ses excuses aux jeunes contraints d\'émigrer, « au nom d\'une classe politique qui pendant longtemps a fait semblant de ne pas comprendre qu\'avec ses mots, ses actions et omissions, elle a permis la dissipation de tant de passions, sacrifices et compétences ».Fragilisé, notamment par la menace faite par Silvio Berlusconi de lui retirer son soutien, le gouvernement n\'a pas avancé sur cette question, même s\'il a fait un geste en direction des plus jeunes en annonçant en septembre un vaste plan de soutien à l\'éducation.Ce contexte social n\'est évidemment pas sans conséquence sur la vie privée des jeunes Italiens. Le taux de fécondité est l\'un des plus faibles d\'Europe (1,4 enfant par femme en 2011, contre 2,01 en France) et les mariages se font plus rares (10 000 de moins en 2012 par rapport à 2011).« C\'est logique, estime Cristina. Comment voulez-vous construire une relation si vous n\'avez même pas de logement à vous ? Et comment imaginer s\'occuper d\'enfants quand vous êtes encore dépendant de vos parents ? J\'étais en couple il y a quelques mois et nous nous sommes séparés parce que nous ne nous voyions pas d\'avenir. »Si tu n\'es pas un fils à papa ou pistonné...« Ici, si tu n\'es pas un fils à papa ou pistonné, tu ne peux pas t\'en sortir, assène Alessandra. Alors, avec mon fiancé, comme on veut vivre ensemble et fonder une famille, notre choix est vite fait : on va partir d\'Italie dès que possible. »Un désir partagé par un grand nombre de jeunes Italiens. Dans son Rapporto italiani nel mondo 2012, la fondation catholique Migrantes estime à 79.000 le nombre d\'expatriés en 2012, après 61 000 en 2011.En comparaison, ils n\'étaient que 1. 000 Français à s\'établir à l\'étranger l\'an passé, un chiffre en progression de 1 % seulement. La majeure partie de ces émigrés sont originaires de Rome, mais aussi de Milan, la capitale économique du pays.« On s\'établira aux États-Unis, en Australie..., je n\'en sais rien, mais on ne peut pas rester là. Il n\'y a pas d\'avenir pour nous en Italie », résume tristement Alessandra.

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