Didier Lombard, un stratège en sa tour d'ivoire

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C'était sa dernière présentation des résultats annuels en tant que PDG de France Télécome;lécom, le 25 février. Didier Lombard, encore officiellement aux manettes pour quelques jours, a pris dix minutes pour « regarder ce qu'il s'est passé depuis cinq ans », depuis sa nomination à la tête de l'opérateur à 63 ans, à l'âge où d'autres prennent leur retraite. Cinq ans de mandat résumés en six transparents bourrés de chiffres et de graphiques.Cet X-télécoms, que l'on présentait comme un « patron de transition » au départ de Thierry Breton, a dressé lui-même son bilan, forcément flatteur, axé sur l'innovation technologique, le développement international et la réduction de la dette. Sans exprimer d'émotion, ni de regret, sans un mot sur cette dramatique « crise des suicides » qui lui a coûté cher. En sacrifiant le patron de la France, le coupeur de coûts Louis-Pierre Wenes, à l'automne, il a échappé à la démission, mais il n'a pas sauvé sa place, ni réussi sa sortie.Exilé rive droite, rue de Bassano, loin du siège de la place d'Alleray dans le XVe, où il a dû céder son bureau à Stéphane Richard, nouveau DG, le président non exécutif est désormais cantonné à la veille et à la stratégie technologique, « finalement ce qu'il sait faire de mieux », observe un cadre. « Les grands virages stratégiques ont été bien pris et bien négociés ces dernières années, il faut en rendre hommage à Didier Lombard », a déclaré Stéphane Richard devant les 500 « top-managers » du groupe, le 26 mars.Inspirateur de la stratégie industrielle de Thierry Breton chez France Télécome;lécom, ce passionné de technologies a théorisé le modèle de l'opérateur intégré (fixe et mobile), copié par d'autres, ex-monopoles publics ou groupes privés. Avec son plan NexT, la « Nouvelle expérience des télécoms », de 2006 à 2008, il a résolument engagé l'ex-entreprise publique dans la migration vers l'Internet et la convergence des réseaux, tout en partant en quête de croissance à l'international et dans de nouvelles activités (publicité, contenus).Même des concurrents ou de farouches détracteurs lui reconnaissent « un sens stratégique certain », voire le qualifient de « visionnaire en matière de technologie ». Lancé sous son impulsion « à corps perdu dans la téléphonie sur Internet, contre son business traditionnel, et dans la télévision sur Internet », France Télécome;lécom est devenu « un des opérateurs historiques les plus innovants, incroyablement plus que Deutsche Telekom ou Telefónica », note un professionnel du secteur.Selon un haut fonctionnaire fin connaisseur de l'entreprise, « les acquis de la présidence Lombard, ce sont des choix technologiques pertinents comme la fibre optique ou l'iPhone, et la création du Technocentre », une passerelle entre la recherche et le marketing visant à industrialiser le lancement des innovations. Et d'observer que, « si on le compare à Michel Bon et à Breton, Lombard a tout de même donné des clés à France Télécome;lécom pour son avenir ».À l'international, le cap mis sur l'expansion dans les pays émergents, en particulier en Afrique, là où se trouve la croissance, est également unanimement porté à son crédit. Le nouveau directeur général entend d'ailleurs poursuivre cette politique et doubler le chiffre d'affaires dans ces pays dans les cinq ans.En revanche, l'OPA avortée sur TeliaSonera en juin 2008 reste un échec à plusieurs titres : mal comprise de l'État actionnaire et des marchés financiers, cette opération à 30 milliards d'euros, qui reflétait « son obsession du champion national, de la guerre à venir entre opérateurs historiques », selon un spécialiste du secteur, a été perçue comme « le rêve d'un mégalomane voulant laisser sa marque par un deal de très grande ampleur », stigmatise un analyste financier. La réussite de cette OPA « hasardeuse » aurait pu avoir des conséquences très graves avec la crise financière, s'émeut cet expert. Didier Lombard y a perdu une bonne part de la confiance qu'il avait gagnée auprès des marchés.Ce théoricien de la « deuxième vie des réseaux » a dérouté par son offensive dans les contenus, en particulier le rachat en 2008 des droits de retransmission des matchs de foot de la Ligue 1 sur quatre saisons pour un total de 846 millions d'euros. En interne comme en externe, certains la qualifient purement de « bêtise », « d'errements » ou de « non-sens » pour un opérateur télécoms, quand d'autres lui reprochent d'y être allé « trop vite, trop fort » sans trancher sur la pertinence de la démarche, « vivement encouragée par l'État pour contrer Canal Plus », rappelle un haut fonctionnaire. Pour l'instant, avec environ 250.000 abonnés à sa chaîne Orange Sport, l'investissement est loin d'être rentable. Stéphane Richard a promis une remise à plat de cette stratégie, rendue nécessaire par le nouveau cadre réglementaire.Pour autant, « Lombard laisse une entreprise saine au niveau du business, à la différence de Michel Bon qui aurait pu couler la boîte avec une dette faramineuse et incontrôlée », fait valoir un membre de cabinet ministériel. Il a en effet poursuivi le redressement et le désendettement initié sous Thierry Breton, sans relâcher la pression comme certains l'espéraient. « Obsédé par les objectifs financiers, il en a oublié la dimension humaine de l'entreprise », regrette un cadre. Sévère, l'Association pour la défense de l'épargne et de l'actionnariat des salariés de France Télécome;lécom (ADEAS) l'accuse d'avoir été « le principal artisan d'une politique meurtrière, où les indicateurs du capitalisme financier ont constitué les seuls outils de pilotage ». En cause, le dogme du cash-flow et la politique de réduction accélérée des effectifs, dont les 22.000 départs du plan NexT. Pour beaucoup, sa responsabilité dans la crise sociale est surtout de ne s'être « jamais impliqué dans le management, laissant ses directeurs généraux maltraiter cette organisation avec le mécanisme de mobilités forcées. Il s'est coupé de sa base, enfermé dans sa tour d'ivoire », analyse le proche d'un ministre.« Alors que Michel Bon faisait le tour des boutiques, Lombard n'était jamais sur le terrain, à part dans les centres de R&D », déplore un cadre. Les syndicalistes de SUD PTT lui reprochent « son incapacité à prendre la mesure du malaise social connu dans l'entreprise ». Une bonne connaissance de son parcours observe que « le management, ce n'était pas son truc. Homme de cabinet, il n'avait jamais dirigé de grosse boîte quand il a été propulsé à la tête de FT, mais juste un service administratif de 250 personnes ». Delphine Cuny« Lombard laisse une entreprise saine au niveau du business, à la différence de Michel Bon qui aurait pu couler la boîte. »1967 : Débute sa carrière au Cnet, le laboratoire de recherche des PTT1988-2003 : Directeur scientifique au ministère de la Recherche, puis directeur général des stratégies industrielles au ministère de l'Économie2003 : Thierry Breton le nomme DGA chargé de la mission Technologies, Partenariats et Nouveaux usages chez France Télécome;lécom2005 : Devient PDG

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