L'Oklahoma, exception dans le paysage ravagé de l'emploi américain

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L'usine Lafarge, à Tusla, en Oklahoma, fonctionne quasiment à plein régime, brûlant des pneus pour chauffer, à bas coûts et sans polluer, les fours qui produisent du ciment. Certes, le secteur de la construction ne s'est pas encore remis de la crise, mais « nous avons la chance d'avoir ici accès à un port sur le Mississippi, ce qui nous a permis d'envoyer du ciment pour la reconstruction de La Nouvelle-Orléans après Katrina », indique Jim Bachmann, qui dirige l'usine, acquise dans le cadre de l'achat de Blue Circle, en 2001. Et depuis près de dix ans, l'entreprise française bénéficie des avantages consentis par l'Oklahoma. Car si l'État est une exception américaine, avec un taux de chômage de 6,9 %, contre 9,8 % pour l'ensemble des États-Unis, et surtout, une croissance de 6,6 % entre 2008 et 2009, tandis que dans le même temps, l'activité se contractait de 2,1 % dans tout le pays, ce n'est pas parce qu'il peut s'appuyer sur une agriculture solide et des ressources pétrolières. Ce n'est pas non plus en raison du fait que, toujours relativement pauvre, il affiche un coût de la vie et des salaires modérés, de nature à attirer les investisseurs. C'est avant tout parce que l'État ne néglige rien pour les inciter à s'installer. Avec la chute des prix du pétrole, dans les années 1980, l'Oklahoma a compris qu'il fallait non seulement diversifier l'économie, mais en plus, la rendre plus « haut de gamme ». L'administration locale séduit alors de nouveaux secteurs, de l'aérospatiale aux biotechs, à coups d'incitations fiscales pour la construction de nouvelles usines et la reconversion de salariés et d'initiatives en faveur de l'innovation, en particulier pour le green business. Mais ce n'est pas tout. « Nous avons fait passer une loi offrant un avantage - en cash - versé chaque trimestre sur dix ans aux entreprises qui créent et gardent sur place des emplois de qualité, au salaire trois fois supérieur à la moyenne de ceux de l'État, et qui, en outre, offrent une assurance-maladie à leurs employés », explique Natalie Shirley, la secrétaire au Commerce de l'État. Une main-d'oeuvre adaptéeMême s'il doit décaisser des fonds, l'Oklahoma récupère, sous forme d'impôts sur les revenus et les bénéfices des entreprises, largement plus qu'il ne dépense. D'ailleurs autre exception aux États-Unis - il n'affiche pas de déficit budgétaire. A cela s'ajoute une main-d'oeuvre adaptée. « L'Oklahoma est l'un des États où le ministère du Commerce est le plus efficace », relève Jim Bachmann. « Nous avons compris il y a déjà longtemps que le ministère du Commerce et celui de l'Éducation devaient travailler ensemble, pour former les futurs employés. Nous avons organisé les filières pour les nouveaux secteurs, en particulier l'aérospatiale », explique la secrétaire au Commerce. Enfin, ces derniers mois, le plan de relance fédéral a permis d'améliorer les infrastructures, en particulier routières, dopant l'activité. Les entreprises, américaines et étrangères, affluent : Boeing a délocalisé une unité de Long Beach, en Californie, à Oklahoma City, créant dans la foulée 550 emplois ; Umicore, une société belge spécialisée dans le technologie, vient d'ouvrir, en octobre dernier, une nouvelle usine à Quapaw tandis que Hitachi a déménagé toutes ses activités d'Indianapolis à Norman, toujours en Oklahoma. Plus de 5.000 emplois ont ainsi été créés ces derniers mois dans la région. De quoi faire rêver plus d'un Américain au chômage...

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