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« Ce fut une révolution miraculeuse »

La Tribune

Publié le 09 novembre 2009 à 00:43 - Mis à jour le 09 novembre 2009 à 00:43

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Comment raconterez-vous la chute du Mur à vos petits-enfants ?Je leur expliquerai d'abord ce que signifiait la séparation des deux Allemagne. Nous ne pouvions vraiment pas, à l'époque, nous imaginer comment, un jour, nous mettrions fin à cette partition. De façon pacifique, bien sûr, car nous ne voulions pas à nouveau risquer une guerre. Pour la plupart des gens, voir subitement les Allemands détruire eux-mêmes ce Mur, cela avait quelque chose de miraculeux. Je leur dirai qu'à la fois l'Union soviétique de l'époque, avec tous ses missiles, ses bombes atomiques, et toute l'Europe, contre laquelle nous étions entrés en guerre ? guerre que nous avons perdue ?, nous approuvaient. Et qu'à la fin, tout le monde s'en était félicité.Dans votre livre sur la réunification, vous avez utilisé le terme de « révolution inachevée ». Pourquoi ? Parce que, justement, ce fut une révolution sans violence. Ce système socialiste, cette dictature exercée par un parti unique ont été éliminés sans qu'une goutte de sang ne coule. Au fond, les dirigeants de la RDA ont capitulé sans y être véritablement contraints. On a ensuite accepté qu'ils puissent se présenter de façon démocratique aux élections. Cela a généré beaucoup de problèmes et de conflits car de nombreuses personnes avaient été auparavant opprimées, persécutées, voire emprisonnées par ce système.Peut-on appeler cela une révolution ?La révolution allemande est une révolution à part. Elle ne s'est pas déroulée comme la Révolution française en 1789, qui reste, dans la mémoire des Français, associée entre autres à la prise de la Bastille. Pour nous, le changement s'est passé de façon paisible, sans aucune effusion de sang. En cela, ce fut une révolution miraculeuse.Êtes-vous, vingt ans après, satisfait de l'intégration économique des nouveaux Länder ?On a beaucoup progressé. Bien sûr, ceux qui vivaient autrefois en RDA ont dû, plus que les autres, s'acclimater aux changements. Aujourd'hui encore, des différences persistent en termes de compétitivité, de niveau de prix et sur le marché de l'emploi. Mais elles sont bien moindres qu'avant.Le fossé reste encore important...Dans tous les autres pays du bloc soviétique, le PIB par habitant a baissé après la fin de la guerre froide. Et il est resté plus bas des années durant. Passer d'une économie totalement administrée et fermée aux échanges à une économie de marché globalisée impose aux citoyens d'immenses efforts d'adaptation. Un seul pays a vu le revenu moyen de ses habitants croître dès le début : l'ex-RDA.Le taux de chômage y est deux fois plus important qu'à l'Ouest...Il est aussi très différent d'un Land à l'autre dans toute l'Allemagne. Il y a, à l'Ouest, des régions où il est plus élevé que dans certains nouveaux Länder. Ce pays est aujourd'hui durement touché par la crise économique. On ne peut plus parler uniquement des différences Est-Ouest. Il y a aussi des écarts entre le nord et le sud du pays. Nous ne voulons pas non plus que tout soit uniforme en Allemagne.Le premier volet du pacte de soli­darité pour la reconstruction a coûté 94,5 milliards d'euros. Le second volet, qui court jusqu'en 2019, 156,5 milliards. Est-ce le bon moyen pour permettre aux nouveaux Länder de voler de leurs propres ailes ?Oui, c'est un choix politique qui a été ratifié conjointement par l'État fédéral et tous les Länder. C'est la preuve que la solidarité dans la République fédérale allemande réunifiée fonctionne. Nous sommes sur la bonne voie. Ce pacte va s'appliquer jusqu'en 2019.Que tant de jeunes ne se voient toujours pas d'avenir dans les nouveaux Länder et partent vers l'Ouest, cela ne vous inquiète pas ?C'est insignifiant comparé aux changements démographiques que connaît l'Allemagne. Par ailleurs, beaucoup de jeunes gens viennent aussi de l'Ouest pour faire leurs études dans les nouveaux Länder. Les Allemands qui ont moins de 30 ans ne font plus la différence entre ceux qui viennent de l'Est et ceux qui viennent de l'Ouest. Pour eux, la question ne se pose même pas.À Berlin, le Mur refait son apparition à chaque élection. À l'Est, Die Linke domine. À l'Ouest, SPD, Verts et CDU se partagent l'essentiel des suffrages. Pourquoi ?Cela fait partie de ce que j'appelle la révolution inachevée. Certaines personnes affirment que si, en 1949, on avait laissé des membres du Parti national-socialiste se présenter aux élections ? Dieu merci, personne n'a eu cette idée ?, ils auraient certainement obtenu un nombre considérable de voix. La façon dont s'est déroulée la révolution dans l'ex-RDA a permis à ceux contre lesquels elle a été engagée de ne pas avoir à répondre de leurs responsabilités passées. Ils ont eu de la chance. Cela a également été le cas dans d'autres pays. La Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, bien des pays de l'ancien bloc soviétique ont eu, depuis lors, des gouvernements post-communistes. Le caractère pacifique de cette révolution y est pour quelque chose. Et, bien sûr, les gens préfèrent aujourd'hui se demander qui va apporter les meilleures solutions pour l'avenir plutôt que de se pencher sur le passé.Vous venez d'être nommé ministre des Finances. Le 30 juin, la dette publique allemande atteignait 1.602 milliards d'euros. Quelle est votre marge de man?uvre ?Nous l'avons définie dans nos accords de coalition [CSU-CDU-FDP, Ndlr]. La situation est exceptionnellement tendue. Mais bien plus qu'à l'unité allemande, nous devons cette situation à la crise financière mondiale. Voilà pourquoi nous allons pour l'instant nous focaliser sur la sortie de crise. Après, viendra le temps où nous devrons à nouveau tout faire pour réduire cet endettement trop important. Cela ne sera pas facile, il faudra se donner du mal.Ne craignez-vous pas d'échouer ?Écoutez ce que vous dit l'homme relativement âgé que je suis : faire de la politique, c'est toujours prendre le risque d'échouer. Cela fait partie de la vie. Si, par peur de l'échec, vous ne faites rien, à quoi utiliserez-vous vos talents ? Tout cela figurait déjà dans la parapole biblique des talents. On sait ce qu'il advint du serviteur infidèle qui, dans cette parabole, n'osa pas utiliser ses talents par peur d'échouer. Ceux qui connaissent un peu la Bible comprennent bien ce que je veux dire.La réunification n'a-t-elle pas modifié quelque chose dans les relations franco-allemandes ?La France a toujours soutenu l'idée que l'Allemagne puisse réunir son peuple dans une même communauté afin que nous allions tous ensemble vers une Europe commune. Cela, les Allemands ne l'oublient pas. De même que les Français ont toujours été favorables à ce qu'on trouve une solution pour mettre fin à la partition de l'Allemagne. Bien entendu, au tout début, partout en Europe, on s'est demandé ce qui allait se passer. L'Allemagne, devenue plus grande, allait-elle changer de rôle ? Nous, les Allemands, avons fait très attention à ne pas dire : « Nous sommes plus importants que les autres » mais : « Nous sommes attachés à l'amitié et à la coopération ».La coopération franco-allemande a connu beaucoup de couacs ces dernières années?Ce que je sais, c'est que le président Sarkozy et la chancelière Merkel sont déterminés à poursuivre leurs efforts pour que l'amitié et le travail commun entre la France et l'Allemagne continuent à favoriser le développement conjoint de nos deux pays comme celui de l'Europe. Que la France organise [ce lundi, Ndrl] une grande fête à Paris pour commémorer la chute du Mur ne peut qu'émouvoir tous ceux qui en Allemagne ont un tant soit peu le sens de l'histoire. Cela va au-delà du simple symbole. C'est l'expression d'une véritable amitié sur laquelle nous pouvons compter.Vingt ans après la chute du Mur, CDU et FDP se retrouvent au gouvernement. Vous avez été ministre sous Helmut Kohl et, maintenant, sous Angela Merkel. Est-ce différent ?D'abord, on n'est pas ministre sous un chancelier. On a un chancelier et on lui est loyal. La démocratie ne repose pas sur la hiérarchie et la subordination, mais sur des responsabilités de nature diverse. Ensuite, le monde n'est plus le même qu'il y a vingt ans. Tout a changé. Y compris dans la façon de gouverner.C'est-à-dire ?Beaucoup plus de choses se décident au niveau international et en Europe. Cette interdépendance est plus forte que par le passé. La globalisation nous touche beaucoup plus que nous ne l'imaginions il y a vingt ans. La vie offre désormais davan­tage de possibilités. surtout pour les jeunes générations. Il y a aussi des défis nouveaux à relever. Les jeunes gens devraient savoir qu'ils n'ont aucune raison d'être nostalgiques. Jamais la vie ne leur avait offert autant de possibilités.

La Tribune

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