Les années ont passé. On la revoit, un peu sauvageonne, comme une fée échappée des forêts vert sombre et peu faite pour la mondanité. Des couloirs du cours Florent aux coursives du Théâtre Antoine, si jeune alors. De la bande de Francis Huster. Pas rien dans ces années 1980. Celui dont Jean-Louis Barrault disait « Francis c'est mon fils, Huster c'est mon frère » n'était pas seulement le jeune premier éclatant passé par la Comédie-Française. Il était un chef de troupe et entraînait avec lui de jeunes comédiennes et comédiens bourrés de talent. Isabelle Nanty en était. Bien plus, il l'avait choisie pour être son assistante de mise en scène.
On la revoit donc. Ses yeux incroyables. Ce regard bleu aussi clair qu'intense. De grands yeux comme des lacs du Nord. Les tenait-elle de sa maman norvégienne ? Teint clair, cheveux blonds, quarante ans plus tard, Isabelle Nanty possède toujours ce même visage et ce regard qui accueille, s'étonne, interroge. Un regard chaleureux, d'une intelligence profonde, irisé de malice, d'humour, d'esprit. On pense à la merveilleuse formule de Peter Brook : « Un artiste est un enfant expérimenté. »
Depuis ses débuts, Isabelle Nanty a travaillé sans cesse et fréquenté bien des univers. Comédienne, au théâtre comme au cinéma et à la télévision, metteuse en scène, jusqu'à la Comédie-Française, réalisatrice, elle est une personne très demandée. Et en particulier par ceux et celles qui, s'aventurant seuls sur un plateau, veulent l'appui d'un regard - justement - et d'une parole sans complaisance. Après Gad Elmaleh, pour plusieurs spectacles, elle a dirigé Julie Ferrier, Arthur, Virginie Hocq, Bénabar, entre autres. Édouard Baer a fait appel à elle pour Les Élucubrations d'un homme soudain frappé par la grâce.