Ce n'est pas tous les jours qu'un film français, film d'action de surcroît, se hisse au niveau de ce qui se fait de meilleur côté américain. C'est pourtant bien le cas de Badh, deuxième long-métrage du Franco-Canadien Guillaume de Fontenay, auteur du remarqué Sympathie pour le diable (2019).
Avec une formidable Marine Vacth, l'ambition de Badh est claire, soulignée par des références aussi nombreuses qu'assumées : faire un Jason Bourne au féminin, en racontant de nos jours l'histoire d'une tueuse de la DGSE, nommée Badh, trahie par ses supérieurs après la spectaculaire élimination d'une cible terroriste en Syrie. Quelques années plus tard, installée au Maroc sous une autre identité, elle va ressortir les armes lorsque son compagnon (Salim Kechiouche) est pris pour cible par un puissant trafiquant (Slimane Dazi) protégé par les services français. Ceux-ci sont incarnés par une Emmanuelle Bercot tout en ambiguïté et un Niels Schneider tout en violence.
Dans ce thriller d'action très réussi, miroir français de la licence d'action-espionnage portée par Matt Damon, l'actrice révélée par François Ozon dans Jeune & jolie (2013) brille et captive dans un rôle physique et inédit. « Il y a d'un côté le mouvement, la bagarre, mais aussi un personnage avec son intériorité, ses failles, explique-t‑elle. Guillaume m'a tout de suite parlé des Jason Bourne de Paul Greengrass. Ce sont des films qui me parlent, qui me réjouissent beaucoup. L'idée d'un Bourne au féminin, modestement, m'a séduite. J'aime cet univers, j'aime regarder des films d'action. Ça me plaît. »
Haletant, brutal, appliqué et très efficace, Badh est profondément réjouissant parce qu'il assume un sérieux et un premier degré que le cinéma français d'action n'ose que très rarement. On pense alors à une petite révolution du genre, liée à celle de voir Marine Vacth revenir en femme létale plutôt que fatale.
L'idée d'un Bourne au féminin, modestement, m'a séduite.
Marine Vacth
Actrice devenue aussi rare que l'est sa beauté - on ne l'avait plus vue sur grand écran depuis Mascarade (2022) -, égérie de grandes maisons de luxe, Marine Vacth se bat à mains nues et manie les armes à feu de manière experte. Comme si elle l'avait toujours fait, elle qui a pourtant très souvent incarné une féminité sublimée, et ce parfois jusqu'à la caricature. « J'ai fait des films qui me mettaient à un certain endroit. Des personnages éthérés et insaisissables, où l'aspect féminin, avec ses atouts, était mis en avant. Alors, recevoir le scénario de Badh et travailler avec Guillaume, qui ne voulait surtout pas érotiser le personnage mais l'ancrer dans un réel plus concret et plus accessible, ça tombait bien. »
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Pour autant, avec ce rôle jumeau de celui de Matt Damon, tous deux maîtres d'une violence qu'ils repoussent bien plus qu'ils ne la recherchent, Marine Vacth observe-t‑elle aujourd'hui une offre inédite faite aux femmes dans le milieu du cinéma ? « Non. Je ne peux pas le dire. Pas pour moi en tout cas. J'observe autour de moi des évolutions, et c'est tant mieux. Mais, personnellement, dans les propositions que je continue de recevoir, je ne vois pas de changement. Peut-être qu'avec ce film-là... » À sa manière, Marine Vacth rappelle alors par ces quelques mots qu'une seule hirondelle n'a jamais fait le printemps.