Concerts, expos, films, séries, festivals… Cet été, « La Tribune Dimanche » fait son tour de France culturel. Suivez le guide !
Le Barbier de Séville, de Beaumarchais (3⭐/5)
Homme de l'année du théâtre privé avec cinq molières pour sa pièce Du charbon dans les veines, Jean-Philippe Daguerre est aussi un fin connaisseur des grands classiques. Avec sa compagnie Le Grenier de Babouchka, l'auteur d'Adieu monsieur Haffmann a aussi monté -Corneille (Le Cid), Rostand (Cyrano de -Bergerac) et bien sûr Molière (L'Avare, Dom Juan, Les Fourberies de Scapin...). Inéluctable Molière auquel Daguerre a par ailleurs consacré, en 2022, un très beau Voyage de Molière, sa pièce coécrite avec Pierre-Olivier Scotto en hommage au théâtre de tréteaux...
Metteur en scène invité des 38es Fêtes nocturnes de Grignan, grand rendez-vous théâtral du département de la Drôme chaque été, il s'attaque pour la première fois à Beaumarchais, dont le fameux Barbier de Séville fait écho direct à L'École des femmes, son vieil Arnolphe et sa pauvre Agnès, avec son histoire de vieux grigou égoïste tenant prisonnière une toute jeune innocente non consentante. Joué par François Raffenaud droit dans ses bottes entouré de deux valets aussi drôles qu'effrayants, l'inflexible Bartholo apparaît ici tel un taureau dans l'arène asticoté par deux sémillants toréadors prêts à tout pour libérer la belle Rosine (Marion Bosgiraud) : le comte Almaviva (Jean-Baptiste Artigas) et son fidèle fripon Figaro (Pascal Vannson), limite séditieux...
Si Grignan a connu, au fil de ses éditions précédentes, des spectacles plus fous, plus détonnants Lucrèce Borgia par David Bobée avec Béatrice Dalle et des circassiens sud-américains, Lorenzaccio transcendé par Marie-Claude Pietragalla, Philippe Torreton en Hamlet déchaîné, Denis Lavant dans Le roi s'amuse... - ce Barbier de Séville n'en reste pas moins charmeur et apprécié. Bien sûr, Daguerre et sa troupe s'amusent à glisser des gags, voire des clins d'œil à La Folie des grandeurs, film avec Louis de Funès et Yves Montand. Mais sans insister. Le jeu reste sage, appliqué. Forte de sa dimension musicale (avec Sabine Revault d'Allonnes au chant et Petr Ruzicka à l'alto) et de son esthétique espagnole affirmée, leur version captive surtout autour du texte de Beaumarchais, ici rendu avec ses nuances et ses sous-entendus savoureux, audible et dûment applaudi par un public populaire et attentif. Olé ! Alexis Campion
Le Barbier de Séville, de Beaumarchais. 1 h 45. Aux Fêtes nocturnes du château de Grignan jusqu'au 23 août.
Six Pagnol sinon rien !(5⭐/5)
Au fil du temps et des efforts éditoriaux déployés par son petit-fils Nicolas Pagnol, l'écrivain-cinéaste Marcel Pagnol gagne la place qu'il mérite dans le panthéon du cinéma français. Trop longtemps cantonnés au seul pittoresque marseillais et provençal, ses films méritent tous d'être redécouverts. C'est le cas cet été de six d'entre eux et dans de nouvelles versions restaurées, grâce au distributeur Carlotta. Ils permettent de donner raison à Jean Renoir qui dès 1937 déclarait : « Je tiens Marcel Pagnol pour le plus grand auteur cinématographique d'aujourd'hui. »
On se replonge avec délice dans l'univers de Manon des sources et Ugolin, les deux volets de cette tragédie solaire et rurale, avec Jacqueline Pagnol (née Bouvier) dans le rôle de Manon, cette fille qui entend venger son père dans un pays où l'eau vaut plus que l'or et peut rendre les hommes fous d'orgueil et criminels. Tout comme on se délecte de l'adaptation par Pagnol des fameuses Lettres de mon moulin écrites par Alphonse Daudet : le cinéaste a su capter ce qui en fait l'universalité, au-delà du folklore.
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Rétrospective Marcel Pagnol (partie 2) en six films : Naïs, Merlusse, Cigalon, Manon des sources, Ugolin, Les Lettres de mon moulin. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/Carlotta Films)
Outre les superbes Naïs, avec Fernandel (photo), et Merlusse, on se réjouit enfin de la présence dans ce programme d'une autre perle intitulée Cigalon, soit l'histoire du restaurateur d'un petit village de l'arrière-pays qui refuse de servir ses clients jusqu'au jour où une ancienne blanchisseuse décide d'ouvrir un restaurant concurrent... Assurément l'un des meilleurs films français dans le domaine de la gastronomie. Décidément, le cinéma de Pagnol nous met toujours l'eau à la bouche.
Festival Les Escales
L'été, les festivals de musique ont des faux airs d'aéroports : on y vient des quatre coins du monde. À Saint-Nazaire, le festival Les Escales, né il y a trente-trois ans autour des musiques du monde, en est un bel exemple. Depuis vendredi, des artistes de tous horizons se succèdent sur scène, de Feu ! Chatterton (dont La Tribune Dimanche vous reparlera bientôt) au duo Air (venu interpréter son album légendaire Moon Safari) en passant par Eric Terena, un DJ brésilien qui s'inspire de la musique ancestrale de son pays.
L'épopée musicale continue ce soir grâce au phénomène malien Salif Keïta, 75 ans (photo), qui fera vibrer sa voix profonde dans le port de Saint-Nazaire... Ce décor, mi-industriel, mi-océanique, inspire beaucoup de musiciens et semble fait pour un autre invité du jour : Thomas Dutronc. Son dernier morceau, Larguer les amours, ne raconte-t‑il pas une rupture sur fond de métaphores marines : « Avant que le bateau ne coule, je préfère lever l'ancre » ? Magie des festivals : si l'environnement imprègne l'expérience du public, son autre vertu consiste à venir écouter un artiste, pour découvrir et fondre finalement pour un autre... Qui sait si, aux Escales, les fans de SDM, le rappeur français à l'ascension fulgurante, n'ont pas craqué pour l'univers décalé de Philippe Katerine, lui aussi programmé ?