La chronique de François Simon. Funzy café, petit miracle de poche
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Combien sont-ils à tirer le diable par les cornes ? À se demander combien il leur restera à la fin du mois une fois tout le monde payé ? Remplacer au pied levé un serveur manquant, un plongeur parti en week-end ? Les patrons de café et de restaurant ont bien souvent une vie de chien. On les voit surnager parfois, cernes au visage, les armoiries de la profession. Prenez ce petit rade de la rue Bréa, à Paris.
Vous êtes sans doute passé devant sans y prêter attention, car tout autour ça rivalise de kebabs, de paninis, de burgers à prix riquiqui. Le quartier est vivant, à midi, ça croque, ça avale de partout. Le jardin du Luxembourg est rempli de tribus lycéennes boulottant gaiement des repas de poche. Lui, Alexandre, est seul dans son café Funzy. « Vous vous en sortez ? », lui demande-t-on en début de service. « Oui, répond notre homme, en faisant tout tout seul ! »
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Effectivement, avec son pull en V, sa cravate années 1950 et sa mise impeccable, Alexandre tient la baraque. Comment fait-il ? Eh bien, toute la matinée il cuisine, prépare ses multiples tartes et gâteaux, et vers midi commence un gentil défilé d'habitués. Qu'y a-t-il au menu aujourd'hui ? Bah, ce n'est pas compliqué : paella ou alors poulet rôti avec purée. Allons pour ce dernier. Il apparaît peinardement une dizaine de minutes plus tard avec son panache de vapeur, la peau toute dorée, une profonde purée et une solide feuille de salade.
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C'est désarmant, tout bon, tellement bienveillant. Un client arrive, s'enquiert du plat du jour et opte à son tour pour le poulet. Alexandre s'affaire, file au fond, revient avec le disque de son assiette, repart, revient, découpe une part de tarte aux pommes, la pose avec gentillesse. Celle-ci est pleine de bonté et de générosité. Il y a surtout dans cette cuisine le geste premier, le geste de donner, de s'affairer, de déposer l'assiette avec le désir d'une expression. Rien de mécanique ni de commercial. C'est sans doute cela ce qui nous rend l'univers bistrotier si attachant : l'intention.
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