Bien sûr que sur les avis parsemés sur le Net ce genre d'adresse cossue se prend régulièrement des poignées de châtaignes. Du reste, Marius et Janette appartient à ce genre d'établissement exposé pleine mer. Donc habitué à des rincées, des paquets de mer, l'astringence de l'iode et de notes salées.
Tel est le lot de ces vieilles institutions parisiennes. Habituées à en prendre plein le museau, elles résistent bon an, mal an. S'exposer ainsi au bas de l'avenue George-V n'est pas sans péril. Certes, il y a l'achalandage, le brassement des passages, le brossage des touristes, mais il y a aussi ce rapport vachard des Parisiens avec les restaurants. Ils les aiment bien, et comme du reste dans cette même colonne, parfois on pince l'avant-bras, juste pour prouver son amour, comme si nous étions attirés par ce qui nous excède, vieille poulie du sentiment ; composant essentiel pour un grand parfum.
Au demeurant, lorsque vous vous installez en début de service à cette table, le spectacle peut commencer. D'abord, il y a le décor, façon yacht à quai avec ce qu'il faut de bois au vernis marin, de hublot donnant sur le mur, de cannes à pêche, de mouches et d'hameçons... Vogue la galère. La clientèle n'est pas piquée des hannetons.
Elle y a ses habitudes, ses tables, s'agace d'une table déjà prise, s'installe en grinçant, appelle l'apéro en vitesse pour cautériser la plaie. Marius et Janette est une institution. Elle semble avoir toujours existé. Elle s'appela même Marius et Jeannette. Il y avait sans doute trop de consonnes et de voyelles. En 1958, le téléphone avant plus de chien (ELY 71-78).