ENTRETIEN – Chaque dimanche, découvrez un livre qui ausculte les mythes, désirs ou absurdités de l’époque. Cette semaine : la journaliste Sophie Bernard réhabilite la figure de la groupie.De la groupie, on a tous des images précises : des cris, des larmes, des évanouissements... bref, des filles nues qui s'arrachent la vertu de leur idole, pour paraphraser Balavoine. Et si ce cliché était une nouvelle « dévalorisation qui s'ancre dans des réflexes misogynes », comme le soulève Sophie Benard ?
Après la sorcière, la vieille fille ou la bimbo, la critique littéraire, de formation philosophique, s'intéresse donc à cette figure féminine stigmatisée qu'est la groupie. Dans un brillant essai qui se dévore, elle démonte les idées reçues autour de ces fans passionnées et analyse la puissance politique, esthétique et intime de celles qu'on a un peu vite réduites à des hystériques superficielles qui ne cherchent qu'à finir dans le lit d'une star.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Pourquoi réhabiliter aujourd'hui la groupie ?
SOPHIE BERNARD — Ce que je voyais ne correspondait pas à ce que j'entendais sur les groupies. On parle de nymphomanie ou d'hystérie, alors que c'est surtout une mise en jeu du désir, de l'admiration. Ces filles sont puissantes, touchantes. Elles incarnent une forme d'enthousiasme très mal perçue dès qu'elle vient de jeunes femmes.
Qu'est-ce qui distingue une fan de Harry Styles d'un fan de Kylian Mbappé ?
Rien, à part le genre. Un supporter de foot qui crie dans les stades, commente les photos et fait des blagues salaces est juste un passionné qui s'intéresse aux performances sportives. Une groupie, elle, est forcément soupçonnée de superficialité ou de désir sexuel. On doute de sa sincérité dans son admiration de l'artiste. Et comme les groupies manient énormément le second degré, ça brouille les pistes.
Propos recueillis par Anne-Laure Walter