Sachez-le, Alexandre le bienheureux était un révolutionnaire, un lanceur d'alerte. Le leader de Mai 68, c'est lui ! Dans son court traité sur la sieste, le journaliste Sébastien Spitzer démontre à quel point ce moment de suspension, de repos et de création, totalement à contre-courant de l'air du temps, est nécessaire. Finalement, nous ne faisons pas assez la sieste, comme nous ne laissons pas assez les terres en jachère.
De la sieste crapuleuse (qui redonne toute sa place au désir) à la sieste du sportif (qui permet au corps de récupérer et retenir) en passant par la power nap américaine ou celle institutionnalisée en Chine, il dresse un portrait de ce laisser-aller, de cette « philosophie du hamac » se demandant pourquoi elle a si mauvaise presse. Mais diable, pourquoi dans notre société est-il convenu que moins on dort, mieux c'est ? « Le repos est une affaire sérieuse, dont la qualité conditionne notre existence », disait, en grand adepte de la sieste, Jacques Chirac. Redonnons-lui la place qu'elle mérite.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Votre définition préférée de la sieste semble être : « un rectangle de temps suspendu dans le ciel ». Pourquoi ?
SÉBASTIEN SPITZER — Voltaire a donné cette merveilleuse définition de l'idée : « C'est une image qui se peint dans mon cerveau. » Eh bien, moi, quand je me figure la sieste, je vois ce rectangle de temps suspendu dans le ciel, un peu comme un hamac tendu au-dessus du sol et sous un grand ciel d'azur.