Dorothée Letessier, Nickolas Butler... Nos recommandations littéraires de l'été
Olivier Mony et Anne-Laure Walter

Découvrez notre sélection littéraire de la semaine du 21 juillet pour accompagner votre été.
LTD/DR
Olivier Mony et Anne-Laure Walter

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Il en va de la littérature comme des antiquités. Ce qui hier encore paraissait plus ou moins contemporain mérite aujourd'hui d'être revu à la patine du temps passé. Ainsi de la production littéraire à la charnière des années 1970 et 1980. Qui se souvient de Raphaële Billetdoux, France Huser, Anne Hébert, Michèle Perrein, pour ne citer qu'elles ? Qui lit encore l'enfant prodige de cette génération-là, Dorothée Letessier ? Cette jeune mère de famille, ouvrière dans une usine de Saint-Brieuc, a 27 ans lorsqu'elle publie son premier et fulgurant roman, Le Voyage à Paimpol.
C'est l'histoire de Maryvonne, qui lui ressemble beaucoup. Ouvrière elle aussi, mariée, un enfant, pas d'autre horizon que celui d'un morose « sam' suffit » sans espoir de retour. Retour vers quoi, d'ailleurs ? L'enfance ? Le désir ? Le champ des possibles ? Tout ce vers quoi, un jour, Maryvonne va aller. Elle part. Quarante kilomètres en bus entre Saint-Brieuc et Paimpol, et c'est un monde en soi. Maryvonne, fille perdue, se retrouve. Ça durera ce que ça durera... Le Voyage à Paimpol est aujourd'hui réédité (augmenté de deux belles préfaces de Maylis de Kerangal et de la cinéaste Rebecca Zlotowski). C'est bouleversant de beauté et de justesse.
Le Voyage à Paimpol, Dorothée Letessier, Gallimard L'Imaginaire, 160 pages, 12 euros.
Nickolas Butler a une foi inébranlable en l'humanité, et c'est ce qui, depuis Retour à Little Wing, rend ses livres si attachants. Dans ce quatrième roman, on retrouve les solidarités masculines, les trajectoires brisées d'hommes de la classe moyenne qui se perdent dans leurs démons, les paysages à couper le souffle du Wyoming, les vieux pick-up rouillés, l'ex-pom-pom girl devenue mère de quatre enfants, le tabac qu'on chique et la Bud qu'on descend en rêvant à une vie meilleure. Ici, trois associés dans une entreprise de BTP acceptent un contrat impossible : achever en quatre mois une maison monumentale pour une richissime avocate californienne. Ça sent le pacte faustien, mais l'appât du gain l'emporte sur leurs réticences.
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Écorcheur du cœur des hommes, Butler raconte avec brio les parcours chaotiques, enchevêtre passé et présent, célèbre le travail manuel et les réalisations humaines - au point que le chantier devient un personnage à part entière. Il ajoute ici une tension narrative redoutablement efficace, qui n'est pas sans évoquer Shining de Stephen King. Le maître du suspense horrifique est d'ailleurs mentionné : l'un de ses romans, évidé, sert de cache à la meth, carburant toxique d'un projet qui vire au cauchemar. Addictif.
La maison dan les nuages, Nickolas Butler, traduit de l'anglais (États-Unis) par Mireille Vignol, Le Livre de Poche, 448 pages, 9,40 euros.
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