On se méfie des livres qui font saliver d'avance les cancaneurs de Saint-Germain-des-Prés. Ta promesse est le premier roman de Camille Laurens depuis l'affaire dite de « la Shoah en Louboutin ». L'histoire, qui remonte au mois de septembre 2021, défraya alors la chronique : la mère-tape-dur-du-petit-monde-des-lettres-parisiennes avait, dans Le Monde, consacré un épisode de son feuilleton littéraire à pourfendre La Carte postale, le livre d'Anne Berest, par elle accusée d'entrer « dans la chambre à gaz avec ses gros sabots à semelles rouges », alors que le livre figurait sur la première sélection de l'académie Goncourt (dont elle est...) à côté de celui de son compagnon de l'époque, François Noudelmann, qui plus est sur le même sujet : le destin d'aïeux juifs persécutés.
Un peu plus de trois ans après, l'écrivaine revient pour régler son compte et à l'histoire et à l'homme. Avec une grande gagnante : la littérature ! Car le roman est tout simplement magistral. De maîtrise, de liberté, de sensibilité acérée, d'ambiguïté. Dès les premiers mots elle nous attrape. Impossible, ensuite, de la lâcher. L'autofiction façon Camille Laurens est loin, très loin du déballage narcissique au premier degré. À partir de l'expérience vécue, tout est construction, reconstruction et élaborations romanesques. Et pour la première fois, elle va jusqu'à mettre de la poésie dans tout ça. Des vers libres qui soudain jaillissent pour crier, chanter, pleurer le chaos des émotions, et alors il n'y a plus de ponctuation, seulement des mots aussi heurtés que les sentiments.