John le Carré, Hélène Dorion… Nos recommandations littéraires de l'été
Alexis Brocas et Philippe Ridet

Découvrez notre sélection littéraire de la semaine du 27 juillet.
LTD/DR
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Non, l'Anglais John le Carré n'était pas un ex-espion qui écrivait : c'était un très grand écrivain qui se trouvait avoir espionné, et se servait de ce savoir de première main pour décrire les coulisses de la guerre froide puis du bazar multipolaire qui lui succéda. Son talent illumine La Maison Russie (paru en 1989 et republié aujourd'hui), qui commence par des carnets confiés par une belle Russe aux abois à un éditeur britannique en visite à Moscou.
Ces carnets qui contiendraient, mêlées de poésie et de métaphysique séditieuse, de cruciales informations sur le délabrement de l'URSS et l'imprécision de son arsenal nucléaire... C'est que le Carré imitait comme personne l'élégante ironie des hauts serviteurs d'État (« pas étonnant que vous buviez, ça fait vingt ans qu'on n'utilise pas le quart de vos talents »).
Il pouvait engendrer mille personnages crédibles : Niki, truculent éditeur d'origine polonaise d'une loyauté touchante envers son Angleterre d'adoption ; Barley, autre éditeur - anglais - tranquillement désespéré qui a tout déclenché en brillant dans une beuverie (et le paiera cher) ; ou Palfrey, juriste au cœur brisé qui relate leur aventure dans l'univers du secret, laquelle parvient à résumer l'effroyable complexité du monde d'avant en quelques centaines de pages. Un excellent le Carré période classique.
« La Maison Russie », John le Carré, traduit de l'anglais par Isabelle et Mimi Perrin, Points Seuil, 480 pages, 10,20 euros.
Le sable ? Il nous fuit entre les doigts. Sur lui rien ne se construit, ni mémoire ni histoire. C'est pourtant à partir de ce matériau insaisissable qu'Hélène Dorion, poétesse née au Québec en 1958, a composé cette autobiographie tremblante et fragmentaire, son premier texte en prose, paru en 2002 au Canada et l'année suivante en France.
Un père, une mère, une sœur, des vacances dans le Maine, à Old Orchard, une opération des amygdales, une fausse filiation, la mort de la grand-mère : ils sont rares et précieux, les événements et les personnages affleurant à la surface de la conscience à l'instant de les écrire.
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Il faut faire avec ce presque rien, et suivre ce maigre filon jusqu'à son épuisement. « Je ne possède que des lambeaux d'histoires, des bribes arrachées à l'oubli », dit l'autrice, qui ajoute : « J'invente père et mère, des vies reconstruites à même les fragments qui se sont entassés dans ma mémoire [...] et tiennent ainsi l'instant de l'écriture. » Car seul le patient et entêté travail de l'écriture « soufflant sur les souvenirs pour les faire advenir » tient ensemble ce fragile fatras. Malgré son titre, Jours de sable vaut beaucoup mieux qu'un livre de plage.
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« Jours de sable », Hélène Dorion, Folio Gallimard, 192 pages, 8 euros.
Alexis Brocas et Philippe Ridet