ENTRETIEN — Le chanteur revient avec un cinquième album, « Famille », dans lequel il continue d’ausculter avec empathie nos émotions. Rencontre.En parallèle de débuts prometteurs dans la musique, il soignait les maux, les plaies et les tourments de ses patients. Mais il y a dix ans, il a dû choisir : guitare ou brancard ? Après avoir remporté le trophée du concert de l'année aux Victoires de la musique 2022 pour son Paradis Tour et connu le succès littéraire en collaborant avec Grand Corps Malade pour le livre, préfacé par Gaël Faye, Les Correspondants, Ben Mazué, Benjamin Mazuet de son vrai nom, sort son cinquième album studio, Famille.
Sans stéthoscope, ce poète philanthrope prouve encore une fois qu'il a un talent fou pour prendre le pouls de nos émotions. Un talent fou pour parler de nous sans être nous. Et même si l'on n'est pas lui, ses paroles ont un effet miroir pour nous. Il donne rendez-vous à 10 heures du matin dans un bistrot de Ménilmontant, à quelques pas de chez lui. « Vous me laissez cinq minutes, que je promène mon chien ? » Tokyo, son border collie, regarde son maître les yeux emplis de tendresse. Un peu comme nous, ces émotifs anonymes égarés mais courageusement assumés.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Quand on écoute vos chansons, on pense à soi. C'est grave, docteur ?
BEN MAZUÉ — Au contraire, c'est exactement ce que je recherche. Je ne sais vivre autrement qu'avec des sentiments d'intensité infinie. Depuis toujours, j'essaie de traduire les émotions des personnes que j'ai en face de moi jusqu'à, très souvent, ressentir leur chagrin. Cette sensibilité exacerbée est un avantage pour écrire, mais elle est aussi épuisante, encombrante car on doit composer avec un caractère qui parfois n'est pas compatible avec certaines situations. Et pour le savoir, il faut s'y confronter. Si ça ne me rend pas particulièrement fragile, ça peut me mettre dans des situations délicates.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel