Dans l'un des salons de la maison d'édition Gallimard, elle nous reçoit sans montrer aucun signe d'inquiétude ou d'appréhension. Se dégagent plutôt d'elle confiance et une certaine aisance. Un peu déroutant à deux jours de la sortie de J'emporterai le feu. Mais elle a sûrement raison, pourquoi s'inquiéter alors que chacun de ses livres est un best-seller ?
Et n'est pas Prix Goncourt - attribué en 2016 pour Chanson douce - qui veut, surtout à 35 ans. Pour sa famille et ses amis, Leïla Slimani vit dans son « propre monde ». Tentons de le visiter, ce monde dans lequel l'écrivaine se sent plus proche des personnages de ses romans que des gens qu'elle côtoie dans la vraie vie.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Quel bilan tirez-vous de cette trilogie ?
LEÏLA SLIMANI — Ce que j'ai essayé de raconter dans ces trois livres, c'est la difficulté d'être double, comment on fait pour vivre à cheval sur deux histoires, deux continents, deux systèmes de valeurs, deux manières de voir le monde. Et comment on fait quand ces deux pays qui, par l'Histoire, ont un destin commun, mais où il y a aussi des rapports de pouvoir, des rapports hiérarchiques, où il y a un pays qui est pendant un certain nombre de décennies en position de supériorité économique et politique vis‑à-vis de l'autre, mais où l'autre a aussi la fierté de son identité. Est-ce que l'on peut être deux choses en même temps ?
« 100 % française et 100 % marocaine », comme vous l'avez récemment revendiqué ?
L'écriture de ces trois derniers livres m'a aidée à prendre conscience de tout le tourment, le chagrin, les difficultés et les obstacles que cette double nationalité a pu représenter dans ma vie. Aujourd'hui, je n'ai plus besoin que les autres me disent ce que je suis.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel