Rentrée littéraire : le crépuscule des patriarches, selon Emmanuelle Lambert
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Emmanuelle Lambert publie aux éditions Stock son nouveau roman « Aucun Respect ».
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Emmanuelle Lambert publie aux éditions Stock son nouveau roman « Aucun Respect ».
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Comme la religion, la littérature a ses saints, ses temples et ses ordres plus ou moins monastiques. Vers la fin des années 1990, la narratrice, double transparent d'Emmanuelle Lambert, devient stagiaire à l'Institut - jamais nommé, mais que les initiés identifieront comme l'Imec, l'Institut mémoires de l'édition contemporaine, où l'on recueille les reliques des avant-gardes débandées. Là, elle rencontre un chef exemplaire de l'ancien monde (il s'amourache de subordonnées plus jeunes et en sort le cœur en charpie), son sympathique numéro deux en Téflon, et un pape : celui du nouveau roman, le célèbre quoique pas toujours lisible Alain Robbe-Grillet.
Bientôt embauchée, la voilà chargée d'une exposition sur le maître - qui, malin, a conservé toute sa vie les documents qui pourraient servir à une telle célébration. La voilà aussi en contact avec son épouse, Catherine, elle aussi papesse, mais du sadomasochisme (qui lui révèle qu'elle n'a aucun potentiel en la matière).
Tout cela aurait pu donner lieu à un texte revanchard qui du passé pré-MeToo prétendrait faire table rase en le réduisant à ses abus et à ses ridicules. Or ce roman est tout le contraire d'un coup de poignard rétrospectif. C'est un regard à la fois empathique, lucide, amusé et très amusant jeté sur le monde d'hier depuis les rives d'aujourd'hui.
Ainsi de son portrait d'Alain Robbe-Grillet : certes, il lui prend (tardivement) de peloter la narratrice (« Mais enfin pourquoi ne veux-tu pas que je te tripote ? »), certes, malgré les avertissements de celle-ci, il finit par publier un consternant recueil de fantasmes pédophiles qui lui vaut - ô stupeur - des attaques. Pour autant, il n'est pas un prédateur : juste un scandaleux d'hier, dont la façon de prélever des mannequins sur catalogues d'agence pour ses films expérimentaux riches en nudités ne passerait plus aujourd'hui. Et par-dessus tout un grand écrivain qui, avec obstination, est parvenu à imposer sa conception malaimable de la littérature et à se fonder dessus pour écrire des textes qui resteront. Quant à son épouse, loin de la virago à knouts que laisse imaginer son CV, c'est une charmante femme-enfant très douée pour obtenir ce qu'elle veut. Enfin, si les supérieurs de la narratrice sont, quel hasard, tous des hommes (quand ses collègues sont toutes des femmes), elle n'en fait pas des caricatures patriarcales.