Le pays andin est devenu le plus violent du continent sud-américain. La lutte contre les gangs est la priorité des électeurs qui votent aujourd’hui.Debout dans l'écrasante humidité de la boulangerie communautaire de Las Malvinas, sœur Susana Veloz rassemble la dizaine d'enfants venus assister à l'atelier musique qui commence à l'étage. La religieuse préfère voir les jeunes dans son local plutôt que de les savoir « traîner dehors ». En cause, l'insécurité qui règne dans le dédale des rues cabossées du quartier du sud du port de Guayaquil, la capitale économique du pays. Lundi dernier, un jeune homme a été abattu dans la rue adjacente. « Les assassinats, c'est toutes les semaines ou presque », lâche sœur Susana Veloz d'une voix lasse.
L'atmosphère qui accable Las Malvinas illustre la principale préoccupation des Équatoriens : l'insécurité. La lutte contre la violence des gangs vampirise l'élection présidentielle d'aujourd'hui. Les deux candidats, le président sortant, Daniel Noboa, proche des milieux d'affaires, et sa concurrente de gauche, Luisa González, promettent tous deux de mettre fin au règne des bandes criminelles.
L'insécurité ou le terreau fertile de la politique
Longtemps considéré comme un havre de paix, le pays andin sombre depuis plusieurs années dans la terreur des gangs. D'un taux d'homicides de 6,9 pour 100 000 habitants en 2016, il est passé à 38,8 en 2024, selon l'institut InSight Crime. Le chiffre fait de l'Équateur « le pays le plus violent du continent », souligne Renato Rivera, coordinateur de l'Observatoire équatorien du crime organisé.
Situé entre les deux plus gros producteurs de cocaïne - la Colombie et le Pérou -, l'Équateur est en fait devenu « une enclave logistique du narcotrafic », explique Renato Rivera. Guayaquil et son port, l'un des plus importants du continent, sont un des maillons essentiels d'une funeste mais très lucrative filière qui se prolonge vers l'Europe et les États-Unis. À la mi-mars, les autorités locales dénombraient déjà plus de 370 assassinats dans la métropole depuis le début de l'année.
Par William Gazeau, envoyé spécial à Guayaquil