Des prélats en soutane noire et barrette (toque) rouge qui s'adonnent au plaisir des selfies dans les rues de Rome, d'autres qui se photographient en petit groupe dans le bus qui les emmène chaque matin aux congrégations (réunions consacrées à l'avenir de l'Église qui précèdent le conclave)... Jamais les princes de l'Église n'ont été si nombreux à s'afficher sur les réseaux sociaux que pendant cette période d'interrègne entre deux papes. Sans compter les vidéos qui refont surface plus ou moins opportunément, comme cette mémorable séance de karaoké tournée il y a cinq ans où le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, ex-archevêque de Manille, entonne au micro Imagine de John Lennon...
Le succès est tel que le prélat de 67 ans, régulièrement cité comme papabile, est désormais surnommé « Cardi T » par les jeunes, clin d'œil à la rappeuse américaine Cardi B !
cardinal tagle singing imagine,, may god grant us a pope who singspic.twitter.com/3rGEZNMpaM— michelle (@lomelisturtles)April 25, 2025
« C'est la première fois que la succession d'un pape est à ce point projetée dans la sphère médiatique », observe Marco Politi, auteur du livre François - L'Église déchirée, à paraître le 7 mai (Plon). À trois jours de l'ouverture du conclave, qui commencera le 7 mai à 16 h 30 par l'entrée en procession des 133 cardinaux électeurs dans la chapelle Sixtine, où ils procéderont au premier vote, ce vaticaniste réputé souligne l'enjeu du scrutin :
« C'est le conclave le plus dramatique depuis cinquante ans. Dans les années 1960 et 1970, il y avait un accord pour trouver un pape qui poursuive dans la voie du concile Vatican II [ouverture de l'Église au monde moderne]. Mais aujourd'hui, après la mort de François, qui a bouleversé les habitudes et ouvert des brèches [communion pour les divorcés remariés, accueil des homosexuels...], l'Église est vraiment déchirée : entre les ultra-conservateurs et les partisans de la ligne de François, c'est la guerre civile ! Il faut donc trouver quelqu'un qui puisse raccommoder. »