La chronique de François Clemenceau. Le Maroc aurait tort de triompher
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Les communiqués conjoints pour rendre compte d'une discussion entre deux chefs d'État sont rarement ponctués de « punchlines », ces petites phrases destinées à faire le buzz. Les douze paragraphes du texte publié lundi par l'Élysée et le palais d'El Mouradia méritent une relecture attentive pour y déceler les trésors de diplomatie qui les ont rendus possibles. Mais aussi pour percevoir quelles sont les priorités affichées en commun.
À cet égard, le 4e paragraphe mentionne quasiment d'entrée de jeu « les défis et crises auxquels l'Europe, la Méditerranée et l'Afrique » sont confrontées et la nécessité d'un « retour [du] dialogue d'égal à égal entre deux partenaires qui constituent des acteurs européen et africain de premier plan ». D'où l'importance du 5e paragraphe, qui tient en une seule phrase : « À cet égard, les deux présidents sont convenus de la reprise sans délai de la coopération sécuritaire. »
En quoi cette priorité constituerait-elle un revers cuisant de l'Algérie réduite à l'« impuissance », selon le mot utilisé par le site Le360, l'un des organes d'information marocains les plus proches du cabinet royal marocain ? L'article est intitulé de façon éhontée « L'Algérie accepte la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara [occidental] ».
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La preuve ? La question du Sahara occidental ne figure pas dans le communiqué conjoint. Et comme qui ne dit mot consent, voici l'Algérie vaincue, « agitant le drapeau blanc », comme l'affirmait déjà Le360 fin mars. Bien entendu, on peut comprendre que les autorités marocaines soient satisfaites que l'amorce d'une réconciliation entre la France et l'Algérie - bien qu'il faille en attendre des preuves concrètes, comme la libération de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal - ne se fasse pas au détriment de la cause existentielle de la marocanité du Sahara occidental, reconnue par le président Macron l'été dernier. Mais cette satisfaction nécessite-t‑elle d'être exprimée par un langage aussi brutal qu'immature ? Ou bien les officiels marocains relayés par un de leurs médias les plus zélés s'enferment-ils dans leur refus de considérer la relation franco-algérienne comme bien plus complexe qu'ils ne la perçoivent ?