Une nation en pleine crise de nerfs. Voilà à quoi ressemble aujourd'hui la Roumanie alors que les électeurs, une semaine après le premier tour de la présidentielle, sont de nouveau conviés aux urnes, cette fois pour élire leurs députés. « Pour la démocratie et la société roumaines, la semaine écoulée a été l'une des plus difficiles de ces trente-cinq dernières années », écrit dans son billet hebdomadaire la publication numérique Recorder. Jamais depuis la révolution de 1989 l'ambiance n'a paru effectivement si électrique et le pays si divisé.
À l'origine du choc, il y a ce scrutin de la semaine dernière qui a vu, contre toute attente, le candidat d'extrême droite arriver en tête. Ultranationaliste affirmé, Calin Georgescu est un admirateur de Vladimir Poutine et un contempteur de l'Otan, laquelle, selon lui, « n'est en aucun cas la meilleure solution pour la défense de la Roumanie ». De quoi déclencher un vent de panique chez ces Roumains qui étaient persuadés que leur avenir s'inscrivait définitivement au sein du bloc occidental.
Vendredi soir, malgré la pluie battante, ils étaient nombreux à manifester sur le parvis de l'université de Bucarest. « J'ai peur, confiait le philosophe Gabriel Liiceanu. Peur de revivre l'époque de la terreur communiste, peur de perdre tout ce qu'on a gagné ces trente-cinq dernières années. » Le dos recouvert du drapeau national, Alin, 20ans, n'était pas plus rassuré. « Nous devons nous battre, faute de quoi le pays sera soumis à la Russie, expliquait-il. Nous voulons rester un pays européen. »