Mercredi en fin d'après-midi, au moment même où Michel Barnier faisait son baroud d'honneur à l'Assemblée, la présidente de la Commission européenne survolait la France direction Montevideo (Uruguay), où se tenait un sommet des chefs d'État du Mercosur. Ignorant la fronde d'une partie du monde agricole, Ursula von der Leyen annonçait triomphalement le lendemain avoir « posé le pied en Amérique du Sud » pour y conclure le plus grand accord d'association jamais noué par l'UE et la création d'un « marché de 700 millions de consommateurs », provoquant l'ire de la France.
« Son billet était réservé, mais il restait un ou deux points en suspens », explique une source européenne qui assure que le voyage n'a été confirmé qu'à la dernière minute. Ces points ont été résolus vendredi lors d'un ultime conclave avec les dirigeants sud-américains. « C'est le début d'une nouvelle histoire », a posté l'Allemande sur X, après avoir ratifié l'accord en négociation depuis vingt-cinq ans. « Trahison », a réagi la classe politique française. L'accord « reste inacceptable en l'état », a commenté l'Élysée.
À Bruxelles, ses nombreux partisans estiment que tout était question de « momentum ». L'arrivée prochaine de Donald Trump à la Maison-Blanche et l'approche des élections anticipées en Allemagne exigeaient d'agir vite. Pour d'autres, l'affaiblissement politique d'Emmanuel Macron, le plus virulent de ses adversaires sur ce dossier, a convaincu la dirigeante de pousser les feux.