LA TRIBUNE DIMANCHE — Comment jugez-vous la dégradation de la situation sécuritaire dans la zone des trois frontières entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie ?
MOHAMED SALEM OULD MERZOUG — Elle est très inquiétante et nous préoccupe, comme nous préoccupe de manière générale la situation dans les pays du Sahel. Cette région est confrontée à trois grands défis existentiels : le défi sécuritaire, le défi du développement et le défi lié à la dégradation environnementale associée au changement climatique. Ces menaces sont importantes, multiformes et créent des dynamiques destructives pour chacun de nos pays. Elles nécessitent donc une réponse coordonnée et mutualisée. Il faut poursuivre les partenariats stratégiques à la fois au niveau sous-régional et au niveau de l'Union africaine.
Mais le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont quitté le G5 Sahel, dont le but était justement de lutter de manière collective contre les groupes djihadistes...
Avec le Mali, nous nous coordonnons autant que possible. Mais il faudrait aller plus loin. C'est d'autant plus essentiel que les pays qui composaient le G5 Sahel constituent une digue de protection. Si elle cède, alors, le danger va se propager vers le golfe de Guinée. Cela deviendrait extrêmement dangereux.
Ces mêmes trois États ont coupé leurs liens avec la France pour se tourner vers la Russie. Est-ce un bon choix ?
Ces pays sont libres de choisir les partenariats qu'ils estiment nécessaires à leur sécurité. Ce n'est pas à nous de porter un jugement sur une décision stratégique d'un État souverain.