Après treize années de guerre et la prédation du régime Assad, la Syrie réclame la fin des sanctions.En ce mois de janvier à Damas, les Syriens ne se séparent jamais de leur man- teau, même à l'intérieur des appartements. Dans le pays, les hivers ont toujours été glacials, encore plus ces dernières années alors que l'électricité n'arrive qu'une à deux heures par jour dans les maisons. Treize années de guerre et des sanctions économiques et financières prises contre le régime de Bachar El-Assad ont entraîné de graves pénuries d'énergie et ruiné l'économie. Selon la Banque mondiale, le PIB a chuté de 84% entre 2010 et 2023, et 90% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.
Résidente à Jaramana, une banlieue à l'est de Damas, Nour, qui préfère rester anonyme, se démène pour suivre ses études d'art dans un quotidien de priva- tions et d'incertitudes. « On se réchauffe en faisant bouillir de l'eau que l'on verse ensuite dans des bouteilles, explique la jeune étudiante. Quand je dois travailler tard à l'université, et comme la nuit tombe tôt, j'utilise la lumière de mon téléphone. »
Fonctionnaire à l'aéroport de Damas, Chadi, lui, gagne le salaire moyen en Syrie, soit 30 dollars par mois. Comme tout le monde, il a un second travail : réparateur de générateurs. Mais cette activité d'appoint bat aussi de l'aile. Sa clientèle ne dépense son argent que pour « manger, boire et se loger », se lamente le quinquagénaire devant son échoppe.
Une levée provisoire des restrictions
Les services aussi sont gravement affectés, à l'instar des hôpitaux. La production de médicaments fabriqués en Syrie sous licence étrangère a cessé. « Certains traitements destinés à soigner des pathologies telles que la sclérose en plaques, les maladies auto-immunes ou les cancers sont introuvables ou trop chers, déplore Mohammed Al-Halbouni, chirurgien et directeur de l'hôpital Al-Moujtahid à Damas. C'est la même chose pour les pièces de rechange indispensables à la réparation d'équipements médicaux. Mais le plus grand problème, ce sont les coupures d'électricité qui entraînent des pannes d'équipements et de dispositifs médicaux très sensibles. »
Philippine de Clermont-Tonnerre (envoyée spéciale à Damas)