REPORTAGE — Militaires ou miliciens, ils étaient des rouages essentiels du pouvoir. Malgré les promesses d’amnistie, ils se cachent.« Fermez bien la porte. » Sur le palier de son appartement situé au rez-de-chaussée, le jeune homme attend que le verrou de la lourde porte métallique de l'immeuble s'enclenche avant de nous faire entrer chez lui. Démineur dans l'armée du régime de Bachar El-Assad, Yehia ne souhaite pas donner son nom de famille. L'ancien sous-lieutenant de 24 ans ne sort de chez lui « que pour faire quelques courses ». Dans ce quartier de Homs, les ex-militaires du régime déchu craignent des représailles. Notamment ceux, comme Yehia, qui sont alaouites.
Minoritaire à l'échelle du pays (environ 10 %), cette communauté issue du chiisme représente un tiers de la population à Homs. Surtout, c'est celle du clan Assad. Même si une partie des Alaouites détestait l'ancien président, ils restent associés, pour de nombreux Syriens, au régime et aux exactions de ses milices. « Je me fiche de Bachar El-Assad, je suis devenu militaire parce que je n'avais aucune autre opportunité de travail, affirme Yehia dans le salon glacial et humide de l'appartement familial. Ma solde était de 400 000 livres syriennes par mois [environ 30 euros]. Tout ce que je voulais, c'était mettre quelque chose à manger sur la table. »
Quand la coalition des rebelles a pris Hama, le 5 décembre, des dizaines de milliers d'habitants alaouites de Homs, 50 kilomètres plus au sud, ont fui dans leurs villages d'origine vers la côte méditerranéenne. La famille de Yehia, elle, s'est réfugiée chez un oncle à la campagne. Après la chute de Homs, le 7 décembre, Yehia s'est débarrassé de son uniforme et a rejoint ses parents. « On y est revenus quelques jours plus tard, car la situation était calme. Hayat [Hayat Tahrir al-Cham (HTC), groupe islamiste aujourd'hui à la tête de l'autorité de transition] a dit qu'on bénéficierait d'une amnistie, mais je n'ose pas aller les voir. »
Garance Le Caisne, envoyée spéciale à Damas, Harasta et Homs