L'édito éco de Lucie Robequain. L’Allemagne au rendez-vous de l’Histoire
Lucie Robequain

Découvrez l'édito éco de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Il y a le bruit et la fureur américains, et cette révolution silencieuse qui est en train de bouleverser l'Allemagne, et potentiellement l'Europe tout entière. Rompant avec vingt ans d'austérité budgétaire, les députés sont convoqués au Bundestag ce mardi pour lever les freins qui empêchent Berlin de jouer son rôle de moteur européen, dans les champs économique comme militaire.
Cela impose de modifier la Constitution allemande, qui n'autorise qu'un niveau ridiculement faible de déficit budgétaire chaque année. Un accord a été scellé vendredi entre la droite, les Verts et les sociaux-démocrates (SPD), permettant d'obtenir la majorité des deux tiers. Après des décennies de blocage, les Allemands sont donc enfin disposés à dépenser beaucoup plus pour leur armée, pour leur économie... et pour l'Europe.
Le « bazooka » allemand, comme on nomme cette réforme outre-Rhin, est à triple détente : il permettra aux Länder de s'endetter, ce qui leur est pour l'instant interdit. Il libérera 500 milliards d'euros sur dix ans pour moderniser les infrastructures - un levier essentiel pour relancer la croissance germanique et européenne.
Il exclura, enfin et surtout, une grande partie des dépenses militaires du calcul des déficits, ce qui permettra à Berlin de défendre la paix « quoi qu'il en coûte », pour reprendre la formule choc de Mario Draghi lors de la crise de l'euro. « L'Allemagne est de retour ; elle fait un pas de géant pour défendre la liberté et la paix en Europe », a fait valoir vendredi celui qui est appelé à bientôt gouverner le pays, Friedrich Merz.
De tous les effets produits par l'élection de Donald Trump, c'est certainement le plus concret et le plus réjouissant. C'est d'autant plus remarquable que nos voisins outre-Rhin, connus pour leur orthodoxie, recourent à des méthodes très peu orthodoxes pour accomplir ce miracle. Et pour cause : Friedrich Merz, qui est à la manœuvre, n'avait jamais évoqué cette réforme pendant la campagne électorale.
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Il prend donc les Allemands par surprise. Plus encore : il fait voter les députés sortants avant même de prendre ses fonctions. C'est, de fait, la seule manière pour lui de réaliser le hold-up : le nouveau Parlement qui s'installera le 25 mars n'aurait jamais voté une telle révolution budgétaire, car l'extrême droite s'y oppose et que l'extrême gauche est par principe opposée à toute dépense militaire supplémentaire.
Ces deux partis disposeront d'une minorité de blocage à compter du 25 mars, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. La méthode Merz est donc hautement audacieuse. Mais l'époque requiert de l'audace. Donald Trump et Vladimir Poutine forcent les Européens à relever leur niveau de jeu.
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C'est ce qu'ont commencé à faire Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, lors du conseil européen extraordinaire, le 6 mars dernier. En abandonnant le sacro-saint principe d'austérité budgétaire, l'Allemagne veut prouver qu'elle se montre, elle aussi, au rendez-vous de l'Histoire.
Lucie Robequain
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