L'édito éco de Lucie Robequain. Travailler plus, le grand malentendu
Par Lucie Robequain

Retrouvez l'édito de le semaine du 20 juillet de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Par Lucie Robequain

Retrouvez l'édito de le semaine du 20 juillet de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Les Français doivent travailler plus : s'ils s'échinaient autant que les Allemands, le pays n'aurait plus de problème budgétaire, les rentrées de cotisations sociales abonderaient et l'économie serait nettement plus florissante. Cette thèse, largement répandue parmi les économistes, justifie que tant de propositions aient circulé cette semaine pour réduire le temps des loisirs. De la suppression de certains jours fériés à celle d'une semaine de congés payés (en échange de pouvoir d'achat), elles visent tous le même objectif : encourager les actifs à travailler davantage.
Le problème est qu'elles se trompent de cible. Elles visent les travailleurs français qui, globalement, n'ont pas à rougir face à leurs voisins européens. Les Français en emploi travaillent en moyenne 1. 494 heures chaque année. C'est 150 heures de plus que les Allemands et 50 heures de plus que les Néerlandais, nous dit l'OCDE. Car si nous sommes enviés pour nos nombreuses semaines de vacances, nous sommes aussi connus pour nos longues journées de travail - bien plus que les New-Yorkais ou Londoniens qui quittent souvent le bureau à 17 h 30.
L'enjeu n'est pas que les Français travaillent insuffisamment, mais qu'il n'y a pas assez de Français au travail. Ils sont moins de 70 % à occuper un emploi - parmi ceux en âge de travailler -, un niveau qui les place très en deçà de leurs voisins européens. S'ils étaient aussi nombreux à travailler que les Néerlandais (82 %), le gouvernement en tirerait 140 milliards de recettes supplémentaires chaque année... soit trois fois plus que les économies présentées par François Bayrou mardi 15 juillet !
N'allons pas chercher plus loin le grand mal français : il tient dans la part exceptionnellement faible des jeunes et des seniors sur le marché du travail. Le chômage continue de frapper 18 % de la génération des 18-25 ans. Quant aux seniors (55 à 64 ans), ils ne sont que 58 % à travailler... Une situation largement subie que le nombre de jours fériés ne réglera évidemment pas, et qui nécessiterait un vrai changement culturel dans les entreprises.
Ajoutons à cela que la réduction des congés payés creuse le fossé entre deux France qui ne se côtoient pas forcément tous les jours : celle des grandes entreprises et celle des PME. Les salariés du CAC 40 sont nombreux à cumuler plus de huit semaines de congé et de RTT par an. Ceux des PME se contentent souvent de cinq petites semaines.
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Quasi indolore pour les uns, la suppression du 8 Mai ou du lundi de Pâques est susceptible d'exaspérer les autres. Le risque, on l'a vu ces derniers jours, est que cette colère soit exploitée par les populistes. Déposé par des courants d'extrême droite, le slogan « C'est Nicolas qui paie » fait un tabac sur les réseaux sociaux : il traduit le ras-le-bol de certains actifs qui ont la fâcheuse impression de passer constamment à la caisse. Ne laissons pas les fractures françaises s'accroître encore un peu plus autour de l'agneau pascal.
Par Lucie Robequain