L'édito éco de Lucie Robequain. Trump et les valeurs de Davos
Lucie Robequain

Découvrez l'édito éco de la Directrice des rédactions.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Lucie Robequain

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C'est un conflit d'agenda comme n'en connaissent que les grands de ce monde : vaut-il mieux célébrer le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche ou parler affaires au Forum économique de Davos ? Les deux événements débuteront à quelques heures d'intervalle ce lundi. Les grands patrons ont donc fait leur choix.
Quitte à choisir, les leaders de la tech mondiale, qui ont leurs habitudes dans le village suisse, sont nombreux à faire l'impasse cette année pour aller présenter leurs hommages au nouveau président américain. Dans l'espoir, peut-être, de lui rappeler combien les valeurs de Davos - l'ouverture, le libre-échange - sont essentielles pour leurs affaires et pour les États-Unis.
Historiquement démocrate, le dirigeant de Meta, Mark Zuckerberg, pousse le zèle jusqu'à co-organiser une soirée en smoking avec de grands donateurs républicains en l'honneur du nouveau président. Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple), Jeff Bezos (Amazon) et Sam Altman (OpenAI) assisteront eux aussi au « couronnement », avec cet argument que leur présence relève d'un acte patriotique plutôt que politique. Aucun d'entre eux n'était pourtant présent pour Joe Biden il y a quatre ans.
Les patrons étrangers seront également nombreux : Shou Chew, le PDG de TikTok, qui est menacé dans son existence même aux États-Unis, comptera parmi les têtes d'affiche. Le patron de LVMH, Bernard Arnault, est également attendu, ainsi que Xavier Niel.
Leur présence relève d'intérêts économiques bien plus que d'une quelconque adhésion à l'« internationale réactionnaire » que dénonce Emmanuel Macron. On notera néanmoins que d'autres privilégient plus classiquement l'« internationale libérale » de Davos. Parmi eux, Satya Nadella (Microsoft), Dara Khosrowshahi (Uber), Jamie Dimon (JPMorgan Chase) et David Solomon (Goldman Sachs).
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Côté politique, aucune ambiguïté entre les personnalités conviées à Washington et celles qui ne le sont pas. Exit Keir Starmer (Royaume-Uni), Olaf Scholz (Allemagne) et Justin Trudeau (Canada), des partenaires historiques que l'Amérique traite désormais comme des pestiférés. Donald Trump a préféré convier le président du Salvador, Nayib Bukele, grande icône de l'extrême droite mondiale. En Europe, ce sont Giorgia Meloni, Viktor Orbán et Éric Zemmour qui sont ainsi distingués.
Les deux mondes - Davos et Washington - ne sont évidemment pas totalement imperméables. Certains font d'ailleurs le choix de se rendre aux deux, à l'instar de l'Argentin Javier Milei, qui veut asseoir sa crédibilité par tous les moyens. Donald Trump lui-même souffle le chaud et le froid - c'est une constante chez lui. Il a promis de s'adresser aux 3 000 participants de Davos jeudi par visioconférence.
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C'est l'un des moments les plus attendus de cette semaine placée sous le thème de la « collaboration à l'ère intelligente ». Un comble quand on sait combien le milliardaire combat cette vision du monde, et plus largement tout ce que représente Davos : l'élite intellectuelle, la mondialisation et le multilatéralisme. La dernière fois qu'il s'était rendu dans le village suisse, c'était en 2020 pour fustiger les « prophètes du malheur » sur le climat. Sur ce point-là, au moins, il ne surprendra pas.
Lucie Robequain