Rentrée littéraire : Kafka révèle une jeune prodige
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Dans son nouvel essai, Maïa Hruska propose une histoire des premières traductions de Kafka.
LTD/Jean-François Paga
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Dans son nouvel essai, Maïa Hruska propose une histoire des premières traductions de Kafka.
LTD/Jean-François Paga
Cela commence comme la parodie littéraire d'une pub des années 1980 : un beau jour, vous ouvrez le livre d'une inconnue, et une décharge de talent pur vous foudroie et allume mille ampoules dans votre cerveau. Le phénomène est rare, même quand on fait profession de lire. Dix Versions de Kafka est un cadeau auquel on ne s'attendait pas. D'abord parce qu'il appartient à une catégorie peu susceptible de déclencher ce genre d'enthousiasme : les essais de critique littéraire pointus. Ensuite parce qu'il se centre sur Franz Kafka, l'un des auteurs les plus intimidants du XXe siècle - en raison des montagnes de commentaires qui lui font mausolée. Enfin parce que le texte ne parle même pas des créations ou de la vie de Kafka, mais de ses renaissances, à travers les premiers traducteurs qui se sont emparés de son œuvre au point de chacun la faire sienne, et qui ont transformé le discret auteur praguois en une figure mondiale.
Tout cela fait peur. On ouvre tout de même l'ouvrage parce que notre cheffe le trouve génial, et parce que l'on aime Kafka, que l'on tient pour unique par sa capacité de résumer l'absurdité arbitraire de la condition humaine à travers l'histoire d'un voyageur de commerce qui se réveille changé en cloporte (La Métamorphose), d'un accusé qui ignorera toujours son crime (Le Procès), ou d'un arpenteur qui jamais ne rencontrera ses maîtres (Le Château). Et alors que l'on s'attend à l'obscurité d'une exégèse par la bande (celle des traducteurs), on reçoit la lumière précitée en plein visage.
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Comme le genre l'exige, Dix Versions de Kafka déploie une impressionnante érudition - on y croise le penseur allemand Walter Benjamin et son idée d'aura, on apprend ce qu'est le « pokoï », la version tchèque du concept de « chambre à soi » inventé par Virginia Woolf, on s'intéresse à la volupté que le grand auteur argentin Jorge Luis Borges tirait de la bibliothèque infinie qu'il avait inventée sous l'influence de Kafka. Comme prévu, tout cela vole haut, et pourtant on suit et, mieux, on s'amuse.