La sélection théâtrale d’Armelle Héliot
ARMELLE HÉLIOT
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

L'« Avare » est à voir au Théâtre de la Tempête.
LTD/Fanchon Bilbille
ARMELLE HÉLIOT
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

L'« Avare » est à voir au Théâtre de la Tempête.
LTD/Fanchon Bilbille
Dans un bouleversant seul en scène, Sam Karmann dévoile pudiquement mais avec vérité sa vie via celle de sa mère. C'est moins connu que « bon appétit, messieurs ! », mais cela vient de la même pièce : Ruy Blas. Comédien rompu à tous les styles, Sam Karmann a été un Don César de Bazan mémorable dans le drame de Victor Hugo. Il s'en est souvenu pour donner à ce monologue très bien écrit par Denis Lachaud quelque chose d'apparemment désinvolte. Tant pis c'est moi est un moment de théâtre puissant et d'émotion bouleversante. À aucun moment on ne doute de la réalité de ce que nous livre, pudiquement et intensément, Sam Karmann. Le destin romanesque de sa mère, les secrets de leurs vies, et peut-être la source de la vocation de cet artiste aussi noble qu'attachant.
À la Scala le samedi à 17 h 15 et le dimanche à 19 h 15 (jusqu'au 29 décembre). Durée : 1h 20.
À lire également
Une drôle d'idée, une idée bizarre : au Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie, pour assister à la représentation de L'Avare de Molière, on est prié de faire don d'un objet, d'un vêtement... Tout ce que l'on veut, de « a » comme ampoule à « v » comme vaisselle. Autant d'éléments dont les comédiens s'emparent immédiatement, composant leurs costumes et leurs accessoires. Meneuse de ce prologue, la formidable Anne-Élodie Sorlin, qui joue Frosine, celle qui est désignée comme « femme d'intrigue ». Cette drôle d'idée fonctionne. Tout ce qui est apporté à chaque représentation est ensuite offert à une ressourcerie parisienne, La Petite Rockette. Clément Poirée, le directeur du théâtre, souligne ainsi combien la pièce de Molière nous concerne par-delà le temps : tentation d'économie jusqu'à la décroissance, adultes refusant de laisser la place aux jeunes, attachement matériel jusqu'à la folie. On rit, on tremble, les irrésistibles répliques de 1668 font mouche. La joie des interprètes n'efface jamais les sentiments. Et dans le rôle d'Harpagon, John Arnold, magistral, impose un homme complexe, un ogre, rival de son fils, et un être humain bouleversant. Élève et partenaire de Michel Bouquet, il est aussi grand que son maître. Il a débuté en 1979, à deux pas, au Théâtre du Soleil. Et depuis, il brille dans tous les répertoires.
ARMELLE HÉLIOT