Black Friday : schizophrénie française
Lucie Robequain
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Chaque semaine, retrouvez l'édito de Lucie Robequain, directrice des rédactions de « La Tribune ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Les premiers flocons de neige tombent à peine sur la France que nous voilà déjà plongés dans la période promotionnelle la plus intense de l'année. Les géants de la distribution se préparent à une semaine de soldes tous azimuts, qui atteindra son paroxysme vendredi avec le fameux Black Friday. Des lave-linge aux montres en passant par les doudounes et les téléviseurs, tout est bon pour succomber à la fièvre acheteuse. Dans un contexte de modération salariale, c'est évidemment un coup de pouce bienvenu au pouvoir d'achat, et une manière d'anticiper à moindres frais les cadeaux de Noël.
C'est aussi la preuve que, entre pulsions de consommation et réflexes citoyens, les seconds font rarement le poids. Cette frénésie commerciale montre que, derrière toutes les leçons que les politologues tirent des derniers cycles électoraux - montée du nationalisme, rejet du libre-échange -, les Français ne mettent pas leur carte bleue dans la même poche que leur bulletin de vote. Disons-le tout net : quand le plaisir leur est donné de faire des affaires, ils se soucient comme d'une guigne de la défense des intérêts français et des prétendus excès de la mondialisation.
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Les citoyens, nous dit-on, sont majoritairement opposés à l'accord de libre-échange avec l'Amérique du Sud (Mercosur), par solidarité avec nos agriculteurs. Comment peuvent-ils en même temps se ruer vers la vente en ligne qui terrasse le commerce local ? Cette semaine encore, Amazon a lancé une nouvelle plateforme pour concurrencer les chinois Temu et Shein autour de prix « incroyablement bas » - pour la plupart sous le seuil de 10 dollars. Baptisée Haul, elle n'est disponible qu'aux États-Unis mais s'étendra bientôt ailleurs. Les achats sont expédiés directement depuis la Chine.
Lucie Robequain