Élections municipales 2026 : Tours éparpillée façon puzzle
Par Guillaume Fischer

Le maire écologiste de Tours, Emmanuel Denis, pourrait être concurrencé dans son propre camp par une liste socialiste.
LTD / © Bastien OHIER / Hans Lucas via AFP
Par Guillaume Fischer

Le maire écologiste de Tours, Emmanuel Denis, pourrait être concurrencé dans son propre camp par une liste socialiste.
LTD / © Bastien OHIER / Hans Lucas via AFP
Privilégier l'union dès le premier tour pour gagner. Le vœu exprimé par chacun des camps politiques à Tours début 2025 semble être passé par pertes et profit avant même le lancement de la campagne électorale. La capitale de la Touraine, habituée à la discrétion et à la modération, fait d'ores et déjà l'objet de sourdes batailles internes à gauche ainsi qu'à droite et au centre.
Objectif, garder ou reprendre la gestion de cette ville moyenne (140.000 habitants — 350.000 avec la métropole) prospère mais en déclin. Le revenu mensuel par habitant, 2.140 euros, y est en effet plus faible que la moyenne nationale (2.500 euros). Et les difficultés de ses fleurons économiques comme Microelectronics et SKF ne sont pas de nature à espérer une reprise rapide de la croissance à Tours.
Le tissu commercial de la ville s'est également appauvri avec des fermetures en chaîne de magasins, notamment en raison « de la mise en place tous azimuts de pistes cyclables et de la suppression de plusieurs centaines de places de parking dans le centre-ville », déplorent les représentants des commerçants. Une politique du « tout vélo » qui fait même débat chez les socialistes au sein de la majorité municipale actuelle (EELV, LFI, PS, PCF).
Dans ce contexte inflammable, le maire écologiste Emmanuel Denis a adopté une stratégie prudente quant à une éventuelle candidature à sa réélection. Même si elle est probable selon la plupart des observateurs politiques locaux, il ne se déterminera qu'en fin d'année.
« Je reste, d'une part, concentré sur le travail qui reste à mener pour Tours, assure le premier édile. D'autre part, faire perdurer l'union de la majorité actuelle pour un second mandat nécessite un nouveau projet commun. » « Une façon habile d'éviter des candidatures concurrentes dans l'intervalle », souffle un cadre de la gauche tourangelle qui a souhaité garder l'anonymat.
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De fait, la politique de la ville, majoritairement tournée vers l'écologie depuis six ans, a fini par lasser les conseillers municipaux socialistes, deuxième groupe après EELV, conduits par Jean-Patrick Gilles et Franck Gagnaire. « Le mandat actuel s'est essentiellement soucié des questions environnementales et de la mobilité, avec une large médiatisation à la clé, constate Jean-Patrick Gilles. D'autres sujets capitaux pour Tours comme le logement, l'attractivité économique et le tourisme auraient pourtant mérité d'être davantage travaillés ».
Si le chef de file des socialistes assure lui aussi travailler à une liste d'union, il attend d'être entré dans « le vif du sujet » pour envisager le positionnement de son groupe fin 2025.
Au plan national, la prise de distance de plus en plus nette du PS vis-à-vis de La France insoumise, qui compte une dizaine de conseillers au sein de la majorité municipale, pourrait également pousser les socialistes tourangeaux à faire cavalier seul.
Une hypothèse clairement évoquée par Pierre Jouvet, chargé de l'organisation des élections municipales, lors de l'université d'été du parti d'Olivier Faure du 28 au 30 août à Blois. Le député européen n'a ainsi pas exclu le lancement de listes socialistes en propre dans plusieurs villes, dont Tours.
Au sein du centre et de la droite, l'union annoncée reste également une gageure. L'ancien maire jusqu'en 2020, Christophe Bouchet (Parti radical), et son adjoint à la sécurité publique, Olivier Lebreton (LR), assurent néanmoins poursuivre leur discussion pour trouver un terrain d'entente. Aux affaires ensemble entre 2015 et 2020, l'un et l'autre partagent un programme assez proche pour reprendre la ville à la gauche.
Parmi les axes prioritaires, figurent notamment le rayonnement sportif et culturel de Tours. « La ville stagne sur ces deux plans par rapport aux agglomérations de taille comparable comme Angers, Orléans et Le Mans, pointe Christophe Bouchet, qui a été directeur de l'Olympique de Marseille jusqu'en 2004. En cause, notamment, des équipements sportifs à bout de souffle faute d'investissements. Nous œuvrerons pour que Tours retrouve notamment son aura sportive qu'elle a perdue ».
La lutte contre l'insécurité et les incivilités, qui aurait progressé à Tours selon eux, constitue un autre vecteur majeur de la feuille de route des deux opposants. « Le centre historique de la ville, mais aussi certains quartiers prioritaires, ont vu la délinquance progresser de façon inquiétante, explique Olivier Lebreton. Malgré cette réalité, la municipalité actuelle n'a jamais fait de la sécurité des habitants sa priorité. A preuve, le nombre de policiers municipaux, environ 80, est resté identique en six ans, alors que la situation s'est largement dégradée ».
Reste que si l'ancien maire et son ancien adjoint partagent la même vision, ils ont du mal à s'entendre à ce stade. L'un et l'autre assurent qu'ils constituent la tête de liste idoine pour reprendre la ville à Emmanuel Denis. « Une querelle d'égos qui passe mal auprès des Tourangeaux », persifle un militant.
Le parachutage en mars dernier à Tours du député (Horizons) de la troisième circonscription d'Indre-et-Loire, Henri Alfandari, est venu encore compliquer la donne au sein du bloc central et de la droite en Touraine. Ce quarantenaire serait entré en lice justement « pour faire l'union autour de lui dans un contexte divisé et irréconciliable de la part des opposants au maire actuel », selon sa directrice de campagne.
Un pari qui semble jusqu'à présent voué à l'échec, y compris au sein de sa propre formation, le parti d'Edouard Philippe. Ainsi, le champion local d'Horizons, Benoist Pierre, au départ rallié à la bannière d'Henri Alfandari, a claqué la porte à la rentrée de septembre. « Nous n'avons pas la même vision de l'action municipale, assure le conseiller municipal. J'ai donc décidé de partir sans étiquette ni investiture. Mon parti, c'est Tours ».
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Dans la situation politique troublée que traverse la France, avec une possible dissolution de l'Assemblée nationale, les états-majors parisiens du bloc central et des LR ont actuellement d'autres préoccupations que départager leurs représentants en Touraine. Reste que le bon score attendu du candidat du Rassemblement national, Aleksandar Nikolic, porte-parole du parti de Jordan Bardella, lui aussi parachuté à Tours, pourrait remettre l'union de la droite et du centre sur les rails dans quelques mois.
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