Si les troupes de Marine Le Pen défendent toujours sa candidature pour 2027 malgré ses déboires judiciaires, la cheffe laisse s’esquisser par petites touches l’hypothèse d’un remplacement.Le 5 mars, Jordan Bardella a été reçu au ministère de la Justice. Flanqué de Jean-Paul Garraud et Yoann Gillet, ses parlementaires portés sur la matière pénale, le président du Rassemblement national (RN) a pu avoir un rapide tête‑à-tête avec Gérald Darmanin. Les deux hommes se respectent. Le leader d'extrême droite, poulain de Marine Le Pen mais admirateur assumé de Nicolas Sarkozy, a toutes les raisons de prêter l'oreille au disciple de l'ex-chef de l'État. Même s'il est surtout question, ce jour-là, de la loi narcotrafic qui va atterrir sous peu à l'Assemblée.
« C'était fluide, raconte un témoin, il était très demandeur d'informations, notamment sur la gestion du secret, la protection des données, les écoutes... » Soucieux de son image proprette mais aussi des trahisons qui jalonnent l'histoire du mouvement lepéniste, l'eurodéputé est aussi attentif que méfiant.
Beaucoup lui reprochent de trop cloisonner, d'être surprotégé par un entourage restreint, composé d'amis de sa génération. Sauf que le temps s'est accéléré. Jordan Bardella risque de devoir entrebâiller les fenêtres, lui qui demeure si peu enclin à lever le voile sur ses réflexions stratégiques ou sa gestion du RN. Voir le quasi-trentenaire briguer l'Élysée dès 2027 n'est plus relégable à la sphère des hypothèses saugrenues.
Marine Le Pen sur la touche, Jordan Bardella à l'attaque
À première vue, pourtant, tout et rien n'a changé au parti à la flamme depuis le 31 mars. Côté face, il y a la fureur. Condamnée en première instance à cinq années d'inéligibilité - avec effet immédiat - dans le dossier des assistants parlementaires européens du Front national, Marine Le Pen vitupère contre le « système ».