Dans le jargon, c'est ce qu'on appelle un « game changer », c'est-à-dire un élément tellement massif qu'il vient rebattre toutes les cartes d'un jeu. À huit mois des prochaines municipales, l'adoption définitive jeudi par l'Assemblée nationale de nouvelles règles électorales à Paris, Lyon et Marseille en est un. Depuis 1982 et la loi dite « PLM », celles-ci y étaient en effet dérogatoires au régime commun : leurs élus n'étaient pas désignés directement par leurs habitants mais par un collège issu des conseils d'arrondissement (appelés secteurs à Marseille).
Si le Conseil constitutionnel, saisi par les sénateurs LR vent debout contre cette réforme, valide le nouveau mode de scrutin (décision attendue mi-août), cette différence sera à présent terminée. Concrètement, Parisiens, Lyonnais et Marseillais auront désormais des bulletins à glisser dans deux urnes : l'un pour désigner leurs maire et conseillers au niveau des arrondissements, l'autre pour choisir le maire et ses colistiers à l'échelon de la ville. À Lyon, une troisième urne sera même installée puisque, depuis 2020, les conseillers de la Métropole sont élus directement par les habitants.
À près de 240 jours du scrutin de mars, cette modification des règles électorales aura deux grandes conséquences. D'abord, elle va personnaliser le scrutin. « Cela devient une élection qui se joue sur un nom et non plus sur une addition d'arrondissements, conclut Hervé Marseille, le président du groupe Union centriste au Sénat. Cela minore les candidats qui n'ont pas un profil fort. » Sur le papier, cela avantage donc à Paris Rachida Dati, à Lyon l'ex-patron de l'OL Jean-Michel Aulas, une personnalité très connue et au rayonnement très large, qui veut défier le maire écologiste Grégory Doucet, et à Marseille Benoît Payan, devenu maire en décembre 2020 après l'abandon de poste de Michèle Rubirola.