La chronique de Pauline Delassus. Le cri d’Anouk Grinberg
Pauline Delassus
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LTD/Cyrille George Jerusalmi
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Le livre, paru jeudi, se lit sans respirer. Cent trente-six pages d'une écriture lapidaire pour raconter une vie de viols et d'agressions sexuelles, de violences psychologiques et de souffrances psychiques. Un titre, Respect, comme une supplique lancée par cette femme de 62 ans dont le calvaire a commencé à l'âge de 7 ans. Anouk Grinberg s'exprime sans détour, ses mots décrivent l'horreur de l'enfant abandonnée, de l'inceste, du dégoût de soi et des autres.
Le texte, pourtant, est littéraire, la première moitié surtout, et l'on sent que le sortir d'elle est une libération. C'est un texte de combat, féministe, universel, qui donne des armes, aux femmes et aux hommes, pour se protéger mais aussi pour comprendre. Elle veut expliquer « ce que ça fait quand on a porté atteinte à notre intimité », « ce que ça fait d'être violée » et comment « la violence creuse le lit d'autres violences à venir ».
« On ne m'avait pas appris à dire non », écrit-elle de son enfance. Et son récit, précis, cru, intelligent, permet de saisir l'engrenage, si difficile à arrêter, qui fait d'une victime enfant une victime à vie. Anouk Grinberg est parvenue à gripper l'infernale mécanique. « Je ne suis plus une victime », affirme-t‑elle. En cela son livre est une leçon précieuse.
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L'actrice artiste peintre brise le silence, elle fracasse l'omerta, démolit le déni. Et dénonce à tout-va. Le viol digital par un père d'adoption - le crime originel -, l'exhibitionnisme d'une sœur, l'inceste de son frère, l'irresponsabilité coupable de ses parents, l'emprise manipulatrice de Bertrand Blier (« Il a très bien senti mes failles [...]. Il a tout déchiqueté »), les abus de Bernard Murat (sans le nommer, mais qu'elle décrit en « directeur de théâtre privé, un bourgeois de gauche » mettant en scène la pièce La Preuve), les agressions sexuelles d'un vendeur de vêtements, d'un producteur de radio, d'un coiffeur de théâtre, de réalisateurs, d'acteurs... La liste est longue, si longue, étouffante. On ne veut pas y croire.
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