Dans cette tribune, qui prend la forme d'une dystopie estivale, l'ancien secrétaire d'État et actuel directeur associé de Vae Solis Communications imagine qu'Emmanuel Macron se représentera lors de la prochaine présidentielle, en 2027.
Il faut prendre Jupiter au sérieux. Quand il décide, le 5 juillet dernier, de voler la vedette à Gabriel Attal en s'invitant au Cirque d'hiver pour fêter les 10 ans des « Jeunes avec Macron », le président de la République prononce une phrase qui pourrait paraître sibylline : « J'aurai besoin de vous, pour dans deux ans, pour dans cinq ans, pour dans dix ans. » Et si cette déclaration était à lire au premier degré ?
Dans la touffeur des soirées estivales, les pronostics vont bon train pour 2027 et les bookmakers électoraux, même démentis par le passé, retrouvent l'assurance du premier jour pour parier sur une course de petits chevaux qu'ils annoncent plus ouverte que jamais, compte tenu de l'impossibilité du président à se représenter. Et si, en 2027, c'était lui, à nouveau ?
Trois indices nous conduisent à penser que cette hypothèse mérite mieux qu'un haussement d'épaules réprobateur ou la sanction définitive d'un « mais, enfin, tu sais bien que ce n'est pas possible » ...
Premier indice : l'imprécision du texte constitutionnel
« Nul ne peut exercer deux mandats consécutifs » énonce l'article 6 de la Constitution depuis la révision voulue par Nicolas Sarkozy en 2008.
Or, malgré sa rédaction impérative, le texte ne dit rien de l'hypothèse qui consisterait pour le président actuel à démissionner prématurément afin d'intercaler un mandat par intérim du président du Sénat et de se représenter à nouveau.
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Il y a chez le président de la République une mentalité de matamore, un désir de renverser la table.
Sur ce point, les meilleurs constitutionnalistes sont partagés et renvoient, comme souvent, à une lapalissade juridique. Par définition, la situation n'ayant encore jamais existé, il n'existe pas de jurisprudence et il est donc difficile de trancher la question.
Les plus audacieux signalent d'ailleurs que le choix du mot « consécutifs » (qui signifie une succession sans interruption) plutôt que « successifs » (qui indique seulement que deux événements se suivent dans le temps, l'un après l'autre) démontre la volonté du législateur de l'époque d'empêcher qu'un troisième mandat suive immédiatement le deuxième.
Deuxième indice : les « ballons d'essai » médiatiques
Ils sont envoyés à intervalles réguliers par le Président, on l'a vu, ou par ses proches.
Reconnaissons à Richard Ferrand une proximité de longue date avec Emmanuel Macron et même une certaine connivence politique. C'est lui, le premier, qui a évoqué publiquement la possibilité d'un troisième mandat dans une interview parue dans Le Figaro en juin 2023.
En 2027, il lui reviendra, en tant que président du Conseil constitutionnel, de juger, avec ses collègues, de la recevabilité des candidatures à l'élection présidentielle. Puisqu'il a affirmé lors de son entrée en fonction « ne pas avoir une âme de valet », que fera-t-il s'il faut juger de celle de son ami ? Aura-t-il le courage de commencer une carrière d'insoumis ?
Troisième indice : la psychologie présidentielle
Une fois les objections constitutionnelles écartées, celles et ceux qu'on interroge sur l'hypothèse d'une nouvelle candidature finissent toujours par utiliser l'argument politique : « Quand bien même il serait candidat, Emmanuel Macron ne pourra jamais être réélu, il est trop détesté. »
C'est là qu'un rapide retour en arrière est nécessaire. La faiblesse du score de la liste présidentielle aux dernières Européennes ne l'a pas dissuadé de dissoudre. Au contraire, elle l'a encouragé à le faire !
Il y a chez le président de la République une mentalité de matamore, un désir de renverser la table, que certains prennent pour de l'inconscience quand d'autres y voient du panache, et qui, depuis longtemps, guide ses choix politiques.
Dans notre système politique, l'étape la plus difficile à franchir est celle du premier tour de l'élection présidentielle, à l'issue duquel seuls les deux premiers sont qualifiés.
Le climat de tensions internationales et leur importance grandissante dans le débat public français pourraient justifier de se rassembler autour de la figure de celui qui connait le mieux la psychologie des Trump, Poutine, Xi, Modi...
Le ticket d'entrée pour le deuxième tour peut être relativement bas. Pour mémoire, le 21 avril 2002, lors de l'élection présidentielle à laquelle concourait le plus grand nombre de candidats, Jean-Marie Le Pen s'était qualifié avec seulement 16,86 % des suffrages exprimés.
Ce pari, d'autres qu'Emmanuel Macron le font déjà, en jouant sur la fragmentation de la société française et en anticipant un grand nombre de candidats. Plus nombreux ils seront, plus de chances ils auront.
Par ailleurs, le climat de tensions internationales et leur importance grandissante dans le débat public français pourraient justifier de se rassembler autour de la figure de celui qui connait le mieux la psychologie des Trump, Poutine, Xi, Modi...
L'extrême dramatisation du discours du président de la République aux Armées le 13 juillet dernier devrait, là encore, attirer notre attention. Parlant d'une situation qui comporte des « menaces sérieuses » pour nos libertés, il a notamment déclaré : « Soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. »
Reste donc à savoir si ce qui reste du socle originel du macronisme pourrait permettre au président de la République de passer l'obstacle du premier tour et d'affronter, dans un combat qu'il pense gagné d'avance, le Rassemblement national.
Ses derniers fidèles auront-t-il le réflexe de se protéger d'une situation anxiogène en se rassemblant à nouveau autour de lui, ou bien, inquiets de son comportement égotiste et d'une situation sociale rendue inflammable par les annonces d'économies budgétaires de son Premier ministre, se détourneront-t-ils de leur champion ?
Au petit jeu des paris, on imagine que cette question, Emmanuel Macron se l'est posée plus d'une fois pendant ses vacances à Brégançon, le matin, en se rasant.
Thomas Thévenoud, ancien secrétaire d'État et directeur associé de Vae Solis Communications