Depuis plusieurs mois, l'Europe semble avoir trouvé le coupable de son ralentissement: la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui impose à toutes les grandes entreprises de récolter des données pour faire la transparence sur leur impact environnemental et social. Face à l'accélération trumpienne, certains paniquent ! Comment peut-on incriminer une CSRD qui n'est pas encore entrée en vigueur et qui porte nos valeurs quand on subit depuis vingt ans des normes comptables adoptées par l'Europe avec l'idée de pouvoir jouer à armes égales avec les États-Unis et que ces derniers ont définitivement refusé de les appliquer? Soyons sérieux.
Ceux qui ne font pas la règle la subissent : ne laissons pas encore les autres définir les règles du jeu! La CSRD, la « performance extra-financière », ce n'est pas trouver des chiffres pour remplir des cases. Bien au contraire, elle va devenir, pour une entreprise, tout aussi stratégique que sa comptabilité financière. Elle sera même demain une assurance-vie indispensable pour les entreprises dans un monde aux risques décuplés. Le marché ne se contente plus d'allouer des capitaux en fonction de la seule rentabilité, il est désormais contraint d'intégrer les bouleversements d'une nature en pleine mutation.
Comprenons bien : avec la CSRD, c'est bien de la durabilité de l'entreprise qu'il s'agit, de sa capacité à démontrer qu'elle fait tout pour durer. De la même manière qu'un nombre grandissant de logements menacés par l'ensablement ou par les incendies sont aujourd'hui incapables de trouver un assureur, une entreprise qui opère dans des pays climatiquement à risque, demain, ne trouvera plus d'investisseurs pour venir la financer. Dans ce futur proche où on ira voir son assureur avant d'aller voir son banquier, la CSRD permettra à l'entreprise de prouver qu'elle a bien anticipé et intégré les risques. Est-ce qu'un banquier ou un investisseur apportera des capitaux à une entreprise qui ne pourra pas s'assurer?