OPINION. « La guerre commerciale ne fait que des perdants », par Franck Leroy, président (Horizons) de la Région Grand-Est et de l’Assemblée des régions européennes viticoles (Arev)
En tentant de réécrire les règles du commerce international, Donald Trump tourne le dos au libre-échange et revendique un retour au protectionnisme.
Par Franck Leroy
Franck Leroy, président Horizons de la région Grand-Est
LTD/Frederick FLORIN / AFP
Depuis quelques semaines, au rythme des tweets de son président, l'administration américaine esquisse une nouvelle donne douanière qui ambitionne, ni plus ni moins, de réécrire les règles du commerce international. C'est assurément un contre-pied historique qui tourne le dos au libre-échange et revendique un retour au protectionnisme.
Avec cette valse dangereuse, le président américain ne semble pas totalement avoir perçu qu'il jouait en réalité contre son propre camp : loin d'un réinvestissement prophétique des investisseurs étrangers aux États-Unis, il expose ses citoyens comme ses entreprises à une augmentation drastique des prix des biens de consommation et des biens intermédiaires de production.
Les investisseurs l'ont bien compris. Les décrochages boursiers qui ont suivi ces annonces en sont la preuve, et la dernière pirouette de Donald Trump illustre le fait qu'il est désormais tenu de composer avec les principaux acteurs économiques américains, attachés au libre-échange.
À la fois Région exportatrice française majeure et terre d'accueil privilégiée des investissements étrangers, la Région Grand-Est exporte chaque année plus de 5,35milliards d'euros de biens vers les États-Unis. Automobile, industrie pharmaceutique, métallurgie, agroalimentaire et, bien sûr, produits viticoles, sont autant de filières directement exposées aux caprices d'une politique commerciale devenue totalement imprévisible.
Rien que les vignobles du Grand-Est, par exemple, représentent 45 000 emplois directs et 171 000 emplois saisonniers.
Mais qu'on ne s'y trompe pas: la relation commerciale, dynamique et positive, entre notre Région et les États-Unis n'est pas le fruit du hasard. C'est le résultat de décennies d'efforts, d'investissement et d'engagements de nombreux partenaires, des deux côtés de l'Atlantique, pour ouvrir le marché américain aux produits français et pour accueillir des entreprises américaines dans notre Région.
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Dans leur grand écart entre monde et territoire, les filières exportatrices font vivre l'économie locale. Rien que les vignobles du Grand-Est, par exemple, représentent 45.000emplois directs et 171.000emplois saisonniers.
Au-delà des emplois directs, c'est aussi tout un écosystème touristique et culturel qui en dépend. Et il faut le rappeler clairement: quand on touche au vin en France, on touche directement à la vitalité de nos territoires, mais aussi, et peut-être surtout, à notre identité et à nos savoir-faire reconnus mondialement.
Il ne faut pas minimiser les effets, immédiats comme potentiels de ces annonces: quand l'un de nos premiers partenaires commerciaux adopte une stratégie de fermeture, c'est toute une architecture économique qui vacille.
Et ce sont, très concrètement, des commandes en moins, des investissements différés, des emplois fragilisés, des conteneurs stoppés. Face au tumulte, il nous faut garder la tête froide. Nous ne devons céder ni à la division ni à l'escalade: la guerre commerciale ne fait que des perdants.
Parler d'une même voix est un impératif
Ce moment appelle une réponse ferme, collective et stratégique. Ferme, parce que nous devons soutenir les filières qui font vivre nos territoires, rayonner notre culture à l'international et font la fierté de nos régions. Collective, parce que la politique commerciale est une compétence exclusive de l'Union européenne et que c'est à l'Europe tout entière que s'adresse le président américain.
Dès lors, parler d'une même voix est un impératif. Stratégique, enfin, parce que les volte-face douanières américaines sont un signe, s'il en fallait un, de la nécessité de diversifier nos partenaires commerciaux et de construire, avec d'autres, de nouveaux marchés dynamiques et rémunérateurs.Le Grand-Est a toujours su faire preuve d'adaptabilité et de résilience. Son histoire l'illustre. Il continuera à se tenir aux côtés de ses acteurs pour les accompagner au-delà des frontières.