La journée « Bloquons tout » s’organise dans toute la France. Sans que ni les militants ni les forces de l’ordre ne puissent réellement anticiper l’ampleur de ce mouvement repris en main par la gauche radicale.Si la date est fixée depuis plusieurs semaines, l'horaire de rendez-vous fait débat. « Qui veut arriver à 6 heures ? Ou à 7 heures ? » s'époumone une militante sur les marches du kiosque du square Saint-Roch, dans le centre du Havre. En guise de réponse, une vingtaine de paires de mains sont secouées vers le haut, puis une dizaine.
« Bon, bah ce sera 6 heures. » C'est à l'aube donc que la petite centaine de militants havrais a prévu de se retrouver pour bloquer la circulation le fameux 10 septembre. La forme fait, elle aussi, l'objet de controverses. La proposition, par un père de famille trentenaire, d'un barrage filtrant avec distribution de tracts aux automobilistes avait semblé remporter l'adhésion du groupe ; pas celle de Michel*, un sexagénaire en chemisette hawaïenne avec plusieurs années de lutte sociale au compteur.
« Il faut emmerder les gens, c'est un cri de colère ! Et puis le côté festif, je ne veux pas faire le rabat-joie, mais organiser un pique-nique devant l'hôtel de ville, en quoi ça va faire chier Édouard Philippe ? » s'énerve-t‑il en faisant référence à la proposition d'une jeune femme de se rassembler sur la place de l'hôtel de ville pour déjeuner à l'issue de l'opération.
« Ça permet aux familles de se joindre au mouvement, je n'ai aucune envie que mes filles se prennent des tirs de Flash-Ball ! » lui répond le père de famille. « Si on veut qu'il y ait de l'émulation, il faut qu'il y ait un peu de violence et que ça soit visible ! » lance un autre. « Les patrons, les blocages ils adorent ça, ça nous fait passer pour les méchants », réplique un dernier.