Censure du gouvernement Barnier : les baptisseurs et les destructeurs
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Deux salles, deux ambiances. Vendredi, lors de sa dernière visite de chantier, Emmanuel Macron a salué tous ceux qui ont contribué aux travaux de restauration de Notre-Dame et répondu au défi fou de rebâtir la cathédrale en cinq ans. Ce « choc d'espérance », pour reprendre les mots du président, contraste avec les événements affligeants de notre vie politique. Michel Barnier, prisonnier d'une Assemblée sans majorité et peu enclin à tendre la main, semble privilégier sa survie politique au détriment de la rigueur budgétaire. Où sont passés les 5% de déficit promis par le gouvernement ? La logique du compromis ou plutôt de la compromission l'emporte avec le détricotage du budget imposé par le RN.
Le renoncement à l'augmentation de la taxe sur l'électricité et la révision à la baisse de l'aide médicale d'État annoncent sans doute d'autres concessions. L'ultimatum de Marine Le Pen - même si elle baisse d'un ton dans nos colonnes - a tout d'un chantage humiliant pour le Premier ministre, dont la crédibilité sera - quel que soit le vote sur la motion de censure - assurément affaiblie. Le pugnace et avisé négociateur de l'accord sur le Brexit a révélé ces derniers jours des carences en matière de communication et de stratégie.
Le spectacle désolant donné par les partis de tous bords obnubilés par leurs intérêts ne risque pas de réconcilier les Français avec la politique. Ils préfèrent - on les comprend - les bâtisseurs de cathédrale aux semeurs de discorde, les compagnons du devoir aux querelleurs de chapelle. Voir des députés s'invectiver et presque en découdre physiquement en dit long sur la déréliction de notre démocratie. Il a fallu cinq ans pour restaurer Notre-Dame, il n'aura fallu que cinq mois depuis le second tour des législatives pour dégrader la Ve République.
Comment ne pas être abasourdi par les propos d'Élisabeth Borne affirmant qu'elle n'est d'accord avec rien à propos d'un budget élaboré par... des ministres de son propre camp ? De quoi donner raison à Raymond Devos, selon lequel « la raison du plus fou est toujours la meilleure ». Le RN, qui jouait la stratégie de la cravate depuis plusieurs mois, est passé en quelques jours - faut-il y voir l'influence du réquisitoire contre Marine Le Pen ? - à celle du nœud coulant.
Quant aux dirigeants socialistes, ils ont oublié qu'ils étaient autrefois un parti de gouvernement, avec tout ce que cela suppose de sens des responsabilités et de la mesure. D'ailleurs, un récent sondage montrait qu'un sympathisant PS sur deux était opposé à la censure du gouvernement. N'est-ce pas François Hollande qui déclarait que la démocratie est en danger quand les impulsions éclipsent la raison, quand l'invective masque les perspectives ?
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Il importe enfin que les Français cessent de cultiver paradoxes et contradictions. La vérité est qu'ils se complaisent dans la dette en voulant faire peu de sacrifices, mais vouent aux gémonies ceux qui ont creusé le déficit. Puissent-ils méditer cette phrase de l'historien Marc Bloch, prochaine figure à entrer au Panthéon : « À nos erreurs, est-il plus commode paravent que les fautes d'autrui ? »
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