ENTRETIEN — Figurant parmi les plus grands fidèles de Jacques Chirac, dont le 30e anniversaire de l'élection aura lieu le mercredi 7 mai, François Baroin revient sur le bilan de celui qui a dirigé le pays entre 1995 et 2007.Le 30e anniversaire de l'élection de Jacques Chirac à l'Élysée aura lieu mercredi. Le 7 mai 1995, le maire RPR de Paris succédait à François Mitterrand en battant Lionel Jospin avec 52,6 % des voix. Durant douze ans, il allait être président de la République. Que reste-t‑il du chiraquisme ? En retrait de la politique nationale, François Baroin, maire LR de Troyes, qui fut un de ses plus fidèles, dresse le bilan.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Quel souvenir gardez-vous du 7 mai 1995 ?
FRANÇOIS BAROIN — L'arrivée dans le bureau de Jacques Chirac à l'Hôtel de Ville autour de 17 h 30. Le coup de fil de son directeur de campagne vers 19 h 20 pour lui dire que le résultat ne bougerait plus. Les pieds de Jacques Chirac sur le bureau, ses mains derrière la nuque et son « Je suis président, buvons une bière » lancé aux cinq, six personnes devant lui.
Plus tard dans la soirée, à son QG avenue d'Iéna, il me prendra en tête à tête dans son bureau pour me dire : « Je pense que ton père serait content. » Puis il m'a serré dans ses bras et il m'a dit qu'on se verrait dans la semaine. Plus politiquement, je me souviens de cette joie, ce partage, ce sentiment d'être revenu de nulle part, et de ce contraste entre ces deux ans d'accompagnement dans l'héroïsme obscur, de cet hiver de deux années, où Jacques Chirac a été si seul, et de cette foule compacte alors à ses côtés, composée aussi d'ouvriers de la 25e heure.
Que reste-t‑il de lui aujourd'hui ?
Énormément de choses. L'incarnation de la fonction, d'abord. Grâce à son charisme, son magnétisme, son amplitude, sa dignité, il a été l'une des dernières figures à incarner ce qu'on attend d'un chef de l'État. Avec sa gueule magnifique, ses très grandes mains, sa voix splendide, son ton, sa chaleur, son regard, il avait un humanisme qui se dégageait de l'ensemble de sa personnalité que l'on n'a plus retrouvé depuis. Il était pour moi le président de la République.
Propos recueillis par Ludovic Vigogne