LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment expliquer le geste de votre client, qui n'avait auparavant jamais été violent envers son épouse ?
DELPHINE MEILLET - Tout le dossier concorde à montrer qu'il y a eu véritablement une pulsion criminelle de cet homme, qui était inconnu des services de police. Il avait un casier judiciaire vierge, pourtant il encourt la peine la plus lourde du Code pénal, la perpétuité, pour avoir commis un meurtre aggravé, c'est-à-dire un meurtre sur sa conjointe. L'un des objets du procès sera de tenter de mieux comprendre le passage à l'acte. Néanmoins, même à l'issue du procès, nous n'aurons pas résolu tous les mystères, car tout n'est pas totalement lisible. Mais je peux essayer d'esquisser des éléments de réponse.
L'analyse des causes d'une telle situation est une interrogation infinie. Pourtant il va falloir trouver des chemins, des réponses. Dans le cas de l'homme que je défends, les experts psychiatre et psychologue indiquent qu'il ressentait depuis longtemps une colère intériorisée qu'il n'a jamais verbalisée, une forme de ressentiment - il était d'un tempérament taiseux, passif -, et que son incapacité à parler et à se séparer définitivement de sa femme l'a oppressé. Tous les témoignages s'accordent à dire qu'elle avait l'ascendant sur lui. Il lui a fallu en venir à ce geste pour s'en libérer. Il se figurait être empêché de vivre la vie qu'il souhaitait mener avec une autre femme fantasmée. Il se sentait privé de liberté, notamment sexuelle, et ce sentiment irrépressible a été un détonateur.