Le jour de l'annonce du verdict de la cour d'appel de Nîmes le 4 février dernier, 17 000 kilomètres séparaient la victime de son agresseur. Depuis les menaces qu'elle a subies de la part d'un narcotrafiquant en août 2022, cette magistrate - la victime donc, qui souhaite rester anonyme - a déménagé en Nouvelle-Calédonie. « À la suite des menaces, elle a vendu son bien immobilier, changé ses enfants d'école et demandé à être mutée », détaille son avocat Olivier Morice, qui la représentait ce jour-là à l'audience.
Les faits se sont déroulés lors d'un interrogatoire mené en visioconférence à l'été 2022, le prévenu étant déjà en détention. « L'interrogatoire s'est bien passé jusqu'à l'avant-dernière question où ça a dégénéré, et où il a absolument voulu évoquer la situation de son frère, également mis en examen dans le dossier », a raconté la magistrate aux enquêteurs chargés de l'enquête.
À ce moment-là, l'homme se lève, montre du doigt la juge et profère diverses menaces : « Tu as niqué ma vie, je vais niquer la tienne... Je vais prendre vingt ans, donc si j'en prends trente, ce n'est pas grave, ma vie est déjà niquée... Je voudrais que tu meures [...] avec tout le cerveau que je t'ai fait craquer, je t'ai rendue folle, c'est sûr que tu vas penser à moi. »
L'homme, déjà condamné à onze reprises notamment dans des affaires de stupéfiants, avait reconnu avoir tenu certains propos mais nié les menaces. « Elle reste très marquée par cet épisode d'autant qu'elle estime ne pas avoir été suffisamment protégée à l'époque. Elle souhaite que son expérience fasse bouger l'institution », explique Me Morice. Le cas de sa cliente n'est pas isolé, les juges menacés par les narcotrafiquants sont de plus en plus nombreux.