Alex Lanier est très demandé. Pour ne pas froisser les confrères lors d'une journée médias à l'Insep, en juin, une petite salle surchauffée mais à l'écart nous a été réservée pour interroger le meilleur joueur français, absent des JO mais sacré champion d'Europe en avril à 20 ans. Un jeune homme lucide, qui mesure l'attente forte suscitée depuis plusieurs années déjà par ses résultats.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Partagez-vous le sentiment d'être programmé pour gagner ?
ALEX LANIER - C'est une expression que l'on accole souvent à des athlètes prometteurs, mais il faut bien dissocier le potentiel et l'accomplissement. Beaucoup n'ont pas réussi alors qu'ils en avaient les moyens. Je trouve moins intéressant de me dire « je dois gagner » que « comment gagner ». Apprendre, être conscient des points forts et les améliorer encore, c'est dans cette optique que j'entre sur un terrain. Je prends beaucoup de plaisir lorsque j'ai réussi ce que j'avais envie de faire dans un match. Être bien physiquement, alerte mentalement, c'est une sensation encore meilleure que d'avoir gagné. Je suis à 100 % dans le plaisir, sinon je ne serais pas monté aussi haut.
Êtes-vous imperméable au stress ?
Je gère plutôt bien les émotions. Bonnes ou mauvaises, chez moi, cela ne varie jamais beaucoup. Cela ne veut pas dire que je ne prends rien à cœur, mais je me suis toujours accommodé des situations de stress. Jusqu'à ma défaite en quart de finale des championnats d'Europe en 2024 : j'étais tellement tendu que j'avais mal à la poitrine et les jambes tétanisées. Ça m'a fait un choc, et je me suis demandé ce qui m'arrivait. Ensuite, j'ai compris que des gens commençaient à voir en moi un médaillable. Or, j'avais déjà battu mon adversaire et il était censé être beaucoup moins fort que moi. Ma victoire était donc attendue et je n'étais pas prêt à me sentir stressé.