Longtemps, Laurent Marti s'est abîmé les yeux sur son écran de télévision, dévoré par un objectif : dénicher la meilleure recrue possible pour son UBB. Quitte à s'infliger des heures de rencontres insipides pour n'en retenir que les rares actions d'un ailier observé ce jour-là, résumées sur des carnets qu'il noircit consciencieusement. « J'étais devenu obsessionnel, et même un peu plus que ça, au détriment de tous les autres aspects de ma vie », se souvient le président de l'Union Bordeaux Bègles.
Le dirigeant n'a pas souffert pour rien. Au fil des saisons, il a bâti des effectifs toujours plus séduisants. Celui qui s'apprête à défier le Stade toulousain porte sa marque, assurent des agents de joueurs, bluffés par son expertise lors des entretiens avec les recrues potentielles. Lui préfère évidemment minimiser son rôle : « Il est vrai que j'étais en première ligne jusqu'à il y a cinq ans. Mais je m'appuie maintenant sur une cellule de recrutement. Et puis je n'impose jamais rien à mon manager ».
Ces connaissances sur le jeu et les joueurs, Laurent Marti, 57 ans, les a d'abord forgées sur le gazon. Ailier présélectionné en équipe de France jeune, il a évolué dans l'élite junior, en championnat Reichel, sous les couleurs toulousaines. Ses formateurs se souviennent de sa vitesse et de ses crochets, mais lui reste convaincu qu'il n'avait pas les armes pour concurrencer les meilleurs. Il a rapidement quitté la cité violette pour retourner à Bergerac, son club de formation présidé par son père, Antoine. Il y a brillé très jeune en groupe A, l'élite d'alors, mais a vu sa carrière freinée par les blessures.