Quels scénarios pour sauver les banques ?

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Recapitalisation par les actionnaires, par l'État, nationalisation temporaire... Tous les schémas de soutien des banques françaises circulent aujourd'hui. Sous la pression de Bercy, les banques commencent d'ores et déjà à réduire sérieusement la taille de leur bilan.

Alors même que des rumeurs de difficultés de financement en dollars de BNP Paribas faisaient plonger son action de 10 % hier matin, Howard Davies, l'ex-gouverneur adjoint de la Bank of England et « poil à gratter » de la finance britannique, lançait une petite bombe en affirmant que « dans les deux ou trois prochains jours, le gouvernement français devra recapitaliser ses banques ».

Complot anglo-saxon, encore, avec la complicité du « Financial Times » et du « Wall Street Journal » qui ont, chacun, mis en avant à la une les attaques contre les banques françaises, et diffusé, pour le second, de mauvaises rumeurs sur la situation de liquidité en dollars de BNP Paribas ? Ou bien faut-il croire que nos établissements financiers sont en si mauvaise posture que seul l'État serait en mesure de les sauver ? Le scénario fait froid dans le dos ; il rappelle les heures sombres des années 2008 à 2010 quand les États-Unis, avec Bear Stern, l'Angleterre avec Northern Rock ou RBS, l'Irlande avec l'Anglo Irish Bank, et l'Allemagne avec Hypo Real Estate, ont dû, à l'encontre de leur doctrine économique, nationaliser certains établissements en faillite.

« L'État ne nationalise ses banques que lorsqu'elles se retrouvent notoirement sous-capitalisées à la suite de lourdes pertes, et que les actionnaires privés ne sont plus prêts à faire leur devoir », précise Pierre-Cyrille Hautcoeur, professeur à l'Ecole d'économie de Paris. Or, pour l'instant, on n'y est pas, les banques françaises continuant à faire des profits. Sans aller jusqu'à la nationalisation, l'hypothèse d'une recapitalisation au moins partielle par l'État, comme le firent naguère l'Angleterre pour les Lloyds, l'Allemagne pour Commerzbank et la Suisse pour UBS, semble faire son chemin chez certains hauts responsables français.

Pérennité du système

« Je pense que les banques françaises n'échapperont pas à une consolidation de leurs fonds propres et que l'État devra s'engager », estimait hier le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis. « Il faudrait que le gouvernement annonce un plan de recapitalisation de 10 à 15 milliards en urgence, parce que si on ne le fait pas cette semaine, ce sera 30 à 40 milliards dans quinze jours », disait aussi hier matin, sur LCI, l'économiste Christian Saint-Étienne, très écouté à l'Élysée. Ajoutant : « Une prise de participation de l'État à hauteur de 5 % à 15 % dans les banques montrerait une volonté politique d'assurer la pérennité du système bancaire français. » Nicolas Sarkozy, qui avait hésité à le faire à l'automne 2008, va-t-il achever son mandat sur une nationalisation des banques ? Ces dernières continuent d'affirmer fermement que « la recapitalisation est une réponse inadaptée » à la crise boursière qu'elles traversent aujourd'hui, car elles n'ont ni problème de liquidité ni problème de solvabilité. Selon elles, ces attaques ne sont que pure « folie » des marchés. « Quand donc cessera-t-on de valoriser les banques comme un hedge fund, à leur valeur liquidative de ?marked-to-market? ? » fulmine un ancien banquier. Même son de cloche à Bercy, où l'on considère que, contrairement à 2008, les banques n'ont pas de problème de liquidité, et que l'on sortira de la crise grecque par la stricte application du plan du 21 juillet. Faire intervenir l'État « serait parfaitement contre-productif, car cela signifierait que l'on croit à la réalité du risque italien », explique-t-on aux Finances.

Certes, le net rebond des valeurs bancaires du CAC 40 hier semble atténuer la pression. Pourtant, les marchés continuent de considérer que les banques devront être recapitalisées pour apurer leurs pertes sur la Grèce et peut-être même l'Italie. « Les provisions de 21 % qu'elles ont passées sur les titres grecs sont notoirement insuffisantes, alors que la dette grecque s'échange à la moitié de sa valeur et que le défaut est en train d'être organisé », dit un analyste bancaire, qui dénonce des comptes qui ressemblent de plus en plus à une boîte noire. « Le jour où BNP Paribas devra reconnaître ses pertes sur ses 22 milliards d'euros de dettes publiques italiennes, la banque, dont les fonds propres sont aujourd'hui de 87 milliards, passera en deçà des normes réglementaires et devra donc se recapitaliser », dit un analyste. Qui conclut : « Là-dessus, tout le monde est d'accord. La question est de savoir quand, et surtout de combien... » À moins que les banques françaises parviennent à renforcer leurs fonds propres par des cessions d'actifs, comme l'a annoncé avant-hier Société Générale. C'est en tout cas le jeu de Bercy, qui les pousse à réduire la taille de leur bilan. Même BNP Paribas semble se rallier à la nécessité de faire des économies (voir ci-dessous).

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